Quatrième album de Tears For Fears
, Elemental a été réalisé en 1993 par Roland Orzabal sans Curt Smith. C’est la conséquence directe de leur séparation suite à la tournée de
The Seeds Of Love. Le livret et la pochette correspondant au disque exposent clairement une série de photos entièrement consacrées au portrait d’Orzabal. Tear For Fears est désormais l’affaire d’un seul homme qui fut, de toutes façons, le vrai leader du groupe depuis ses débuts. A noter également que le claviériste Ian Stanley est parti vers d’autres projets, et a été remplacé par Alan Griffiths.
La facture de l’album suit la lignée des précédents : une production remarquable au niveau du son d’ensemble, des compositions élaborées, un mélange bien dosé entre instruments conventionnels et effets sonores ( synthétiseurs, bruits échantillonnés). On peut ainsi entendre des cris d’éléphants dans
« Elemental », des tuyaux dans
« Cold ». Les évocations à l’univers des Beatles sont audibles, à l’instar du titre
« Brian Wilson said ».
« Cold » est l’un des tubes qui fut extrait d’
Elemental, avec
« Break it down again » ,
« Good night song » et
« Elemental ».
La montée harmonique de
« Break it down again » rappelle celle de «
Everything she said is magic » du groupe The Police. Dans le même ordre de comparaison,
« Dog’s a best friend’s dog » contient une partie qui n’est pas sans rappeler la fin de
« Mother’s talk » (dans
Songs Fom The Big Chair). Une sorte d’auto-citation.
La voix du fils de Roland Orzabal, Julian, figure en bonne place sur l’album : c’est le cas à quatre reprises dans
« Cold »,
« Brian Wilson said »,
« Goodnight song », et
« Mr Pessimist » qui est certainement la composition la moins intéressante d’un point de vue musical. C’est un titre passe-partout, aux allures de maquette, qui ne permet pas vraiment de déceler la marque de fabrication de Tears For Fears. Au niveau des paroles, c’est une diatribe contre la religion catholique.
Le temps des règlements de comptes internes aux personnalités familiales difficiles qui caractérisait les premiers textes du groupe semble pourtant révolu. Seul
« Fish out of water » parle au passé de ces périodes de troubles pour Orzabal, avec notamment une référence explicite au cri primal : « We used to sit and talk about primal scream, to exorcise our past was our adolescent dream » (« nous avions l’habitude de nous asseoir et de parler du cri primal, exorciser notre passé était notre rêve d’adolescent »). Ce rêve est largement accompli. La musique a rempli son office de catalyse pour exorciser les anciens démons.
« Gas giant » est un instrumental uniquement fait à base de synthétiseur. De vagues paroles surgissent timidement pendant quelques secondes pour conforter l’impression d’éther et de mystère dans lequel ce titre veut plonger l’auditeur. L’effet de gaz agit
« Power » met en avant une boucle harmonique assez courte et répétitive (quatre accords), style de composition moins sophistiqué qu’à l’accoutumée.
« Brian Wilson said » illustre l’intérêt permanent du groupe à placer un titre allures de jazz dans chacun de leurs albums. Le rythme choisi, ainsi que la présence d’un solo de guitare (doublé par endroit à la voix), ne font qu’aucun doute là-dessus.
« Goodnight song » confirme une tendance générale de l’album à un relâchement dans l’effort de composition. Sur dix titres, trois laissent à désirer.
Elemental est en réalité un album de transition et de fin de règne, car la magie n’opère plus à l’écoute intégrale du disque. L’alchimie des albums précédents fait cruellement défaut. Roland Orzabal est aux commandes mais l’auditeur ne décolle plus de la même manière. Malgré d’excellentes compositions dignes de ce que de Tears For Fears fait de meilleur, des trouées de médiocrités inhabituelles apparaissent. Un dernier sursaut analogue se produira avec
Raoul And The King Of Spain en 1995, mais les heures du groupe sont désormais comptées en terme de qualité musicale.
Gabriel Perreau - Copyright 2012 Music Story