Palme d'or incontestable et incontestée du festival de Cannes 2003, « Elephant » est un film dérangeant et interpellant, surtout pour nous européens, car nous confrontés là à la froide violence de l'Amérique d'aujourd'hui, pas tellement différent de celui de la conquête de l'Ouest finalement. Après une présentation sommaire mais émouvante d'une série de personnages (étudiants, professeurs...) dont on devine le destin tragique, Gus van Sant nous livre une peinture froide, sans passion, d'une société qui semble si proche de la nôtre, mais pourtant si différente. Et c'est ce qui crée l'émotion : ces personnes nous ressemblent tellement, avec leurs petits problèmes quotidiens mais aussi leurs petites joies, jusqu'au dérapage propre à l'Amérique : la violence extrême provoquée en particulier par la libre circulation des armes, ce droit inaliénable malheureusement inscrit dans la constitution. Gus van Sant à le tact de ne pas insister sur le massacre lui-même (les victimes sont floues, les scènes de meurtre ne vont pas toujours jusqu'à la conclusion...) et le père désemparé d'un des survivants semble être une projection du spectateur et paraît comme nous évoluer dans un monde presque parallèle, qui n'est pas vraiment celui où s'est déroulée la tuerie, acte incompréhensible à première vue. Une aeuvre de réflexion donc, certainement pas un procès de la société américaine.