Amazon.fr
Passés de lombre à la lumière avec leur troisième et mémorable opus
White Blood Cells, signés dans la foulée par une major et propulsés aux avant-postes d'une nouvelle offensive rock'n'roll où les fanfarons sont encore trop visibles par rapport aux véritables héros, les White Stripes auraient pu être guettés par un certain embourgeoisement. Ou une enflure subite des chevilles. Que l'on se rassure, tout va bien. Meg et Jack, le frère et la sur, ont parfaitement négocié ce virage de popularité :
Elephant a été enregistré comme à la maison – c'est-à-dire comme d'habitude – dans un studio entièrement analogique et pour une somme, de nos jours, parfaitement ridicule. Cette volonté artisanale, les liens de la famille sans doute, ainsi qu'une naïveté persistante ici affichée sur la délicieuse comptine "It's True That We Love One Another", auront eu raison d'une éventuelle pression. Le binôme de Détroit nous revient donc bien disposé à faire parler la poudre et à souffler sur les scories du blues, du rock garage ou du proto-metal. On succombera sans résistance aux flèches parfaitement décochées que sont "Seven Nation Army" ou "Hypnotise", à la douceur de "I Just Don't Know What to Do With Myself" (reprise de Burt Bacharach) ou d'un "Cold, Cold Night" chanté par Meg. Avec cet
Elephant massif sans être pachydermique, attendez-vous à voyager dans le temps et l'espace (du delta du Mississipi aux swinging sixties), à trouver fréquentables les solos de guitares ("Ball & Biscuit"), et à faire du rouge et du blanc vos deux couleurs préférées.
--Fabrice Privé
Critique
Le hit
« Seven Nation Army » et la fantastique reprise de Burt Bucharach
« I Just Don’t Know What To Do With Myself » ne sont que deux des grands moments d’un album qui en recèle rien moins qu’une douzaine d’autres.
Ici Jack White s’impose comme un songwriter important et Meg White – qui a aussi le droit de pousser de temps en temps la chansonnette - poursuit la tradition qui veut que, depuis Ringo Starr et Moe Tucker, les batteurs les plus sommaires soient les plus reconnaissables, donc les plus importants. L'icône
underground Holly Golightly fait également une courte apparition dans cet album de la consécration qui propulse le garage-rock du duo rouge et blanc dans les stades.
Pas mal pour un disque enregistré loin de chez eux dans le studio Roe-Tag de Liam Watson à Londres, sans aucun outil informatique, mais avec un magnétophone huit-pistes antédiluvien et le tout en deux semaines.Un Grammy Award du « Meilleur album alternatif 2004 » est venu récompensé la prouesse de ce duo hors du commun, élevant
Elephant au rang d'album culte instantané.
Frédéric Régent - Copyright 2012 Music Story