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Commentaires client les plus utiles
5 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
passionnant,
Ce commentaire fait référence à cette édition : Eloge de la singularité : Essai sur la modernité tardive (Poche)
J'ai beaucoup aimé ce livre qui parle du respect dû à chacun qui ne se confond pas avec l'égalité absolue qui annule les différences. Il rejette aussi la pensée manichéenne et tente d'ouvrir une voie entre l'idéalisme utopique et le nihilisme. Les questions qu'il aborde correspondent à des questions qui me travaillent dans ma vie quotidienne, j'ai donc été ravie de lire une réflexion autour d'elles. Ce livre m'a donné envie d'approfondir ma réflexion en trouvant d'autres ouvrages qui abordent les mêmes thèmes.
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1 internaute sur 2 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Le sujet personne menacé,
Par
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Eloge de la singularité : Essai sur la modernité tardive (Poche)
Dans cette oeuvre très riche, qu'on pourrait inscrire dans le slogan - on dirait que seul nous agrée ce qui prend le contre-pied de naguère et d'hier -,je me suis particulièrement attaché à l'étude des menaces qui pèsent sur la personne en tant que sujet social.Les débats actuels sur les formes de la famille posent en fait le problème du type de société dans lequel nous voulons vivre. Partant du constat que les temps anciens se caractérisent à la fois par le mariage de groupe et la propriété collective (système patriarcal), tous ceux qui sont enclins à récuser la domination masculine cherchent partout des exemples probants de matriarcat pour montrer que le mariage n'apparaît plus comme le seul mode de vie sexuelle institutionnalisé possible. Sans mariage, une société peut parfaitement se maintenir et fonctionner aussi bien que les autres : le seul cas Na du Yunnan chinois suffit à démontrer que le mariage et la famille ne peuvent plus être considérés comme universels, ni logiquement ni historiquement. Si le mariage par groupe ou la polygamie/polyandrie ont existé avant ou existent ailleurs, cela démontre que l'institution de la famille européenne classique n'a qu'un intérêt relatif et pourrait fort bien être abandonnée. Elle ne représente pas un constituant humain fondamental, ne fait pas partie d'une nature humaine, pas plus d'ailleurs que la propriété privée, si l'on considère l'institution avérée de la collectivité des biens dans nombre de sociétés anciennes. A la question proprement anthropologique posée par la récusation de la détermination sexuelle (traduite par les discours sur l'homosexualité et le droit à l'enfant pour les couples homosexuels) - l'homme peut-il faire évoluer sa nature sexuée ? - s'ajoute une question d'anthropologie culturelle. Celle véritablement posée par la modernité n'est pas - l'homme peut-il vivre sans mariage ni famille à l'européenne ? ou bien : l'homme peut-il vivre sans propriété privée ? - puisqu'à l'évidence il le peut ; confirmation en est donnée historiquement et géographiquement. Le problème n'est donc pas là, mais bien : souhaitons-nous opérer la rupture vers ce type de société ? Quelles en seraient les conséquences ? Et plus profondément : ce type de société entretiendrait-il encore les référents culturels qui sont défendus par ailleurs ? Une observation objective de nos sociétés montre à l'évidence que nous sommes en train de passer d'un modèle à l'autre. De même que le passage de la propriété individuelle à la propriété collective sous le communisme, l'effacement actuel de la paternité pour laisser place à une forme moderne de matriarcat s'effectue au nom du progrès. La législation française qui institue en 1999 un couple doté des avantages financiers et fiscaux du mariage, mais sans responsabilité dans la durée, garantit par là même le rôle prédominant de la mère, seul ancrage certain de filiation si la loi n'affirme pas le père dans son rôle. Cette réforme, qui confère une liberté supplémentaire aux adultes -- dédouanés de responsabilité vis-à-vis des enfants et vis-à-vis de l'autre conjoint - se donne ainsi pour une avancée nouvelle dans la marche au progrès. Pourtant, l'ensemble de cette évolution constitue plutôt un retour à des formes anciennes d'avant l'apparition du modèle patrilinéaire et patriarcal, de même que la collectivisation communiste opérait une révolution vers des formes économiques et sociales primitives bien connues, avant ou ailleurs (qu'on songe à la société inca). Notre démocratie se trouve en un moment de choix décisif où il lui faut savoir si elle développera un État-providence et des matriarcats, privilégiant l'individu, ou si elle sauvera la figure de la personne à travers une économie plus libérale et des institutions familiales intégrant la responsabilité du sujet. Ce qui est en jeu ici c'est bien le destin de la culture d'autonomie personnelle. Celle-ci ne s'établit que sur la conscience et la responsabilité des limites : on ne se donne des lois propres que dans l'espoir d'apprivoiser sa propre finitude dont on ne laisse plus désormais la charge à d'autres, comme l'enfant dans le pays tout-puissant de la mère. L'être humain ne saurait devenir autonome qu'en sacrifiant le principe de plaisir pour habiter la réalité de ses propres restrictions. S'il n'accomplit pas ce mouvement de reconnaissance des limites à travers l'éducation, il ne se libérera pas pour autant de la catégorie de l'impossible, ni de ses propres limites : car cela, nul ne le peut. Il lui faudra au contraire subir la loi de la réalité qui lui viendra de l'extérieur : loi de la communauté dans les sociétés holistes. La société matriarcale - pas plus d'ailleurs que la société à propriété collective, l'une et l'autre allant souvent de pair dans l'histoire des sociétés anciennes - n'est pas capable d'abriter l'autonomie personnelle. Car elle s'inscrit dans la double logique de la protection et de la soumission, dont l'autonomie est absente. Entre la famille et l'État, il faut donc choisir. Car il faudra bien à l'individu une loi, et l'État la lui imposera d'en haut. Pour ne plus recevoir l'autorité parentale, il subira celle d'instances anonymes. Cette seconde autorité sera différente de la première : la loi étatique tombera directement, nantie de sa puissance officielle, sur la nuque d'un individu sans défense. Tandis que la loi parentale peut avoir quelques chances, si l'on y prend garde, de viser l'apprentissage de la liberté qui développera un sujet capable d'indépendance d'esprit face à tous les pouvoirs. Ce chemin semé d'embûches n'a un sens si nous croyons que le sujet est une figure anthropologique par laquelle la modernité européenne peut mieux répondre au tragique de l'existence, et qui sous-tend sa certitude de la dignité humaine. Le but de la modernité tardive, si du moins elle tient à la survie du sujet, devrait être de domestiquer l'autorité parentale et de lui donner les moyens d'éduquer les enfants à l'autonomie ; plutôt que de rêver à l'instauration d'un individu libéré de toute contraintesujet. L'individu irresponsable, et vivant dans l'instant, n'est qu'un fantasme, au sens où tel quel il ne saurait durer dans l'histoire: il requiert à son insu un despote qui l'obligera à restaurer les limites qu'il n'a pas su lui-même définir. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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