En 1997, quand il publie "En passant", Jean-Jacques Goldman n'a plus rien à prouver. Voilà plus de dix ans que l'auteur de "Comme toi" truste les premières places des hit parades avec une régularité métronomique qui fera bien des jaloux. Que ce soit avec ses disques solo (notamment "Non homologué" et "Entre gris clair") ou ceux de ses interprètes (Hallyday, Céline Dion), Goldman transforme en or tout ce qu'il touche. Un succès qui s'accommode mal avec la modestie et la discrétion du personnage. Ainsi, en 1990, il éprouvera le besoin de se mettre légèrement en retrait, en se fondant dans le (presque) anonymat d'un groupe: c'est le début de l'aventure "Frédéricks Goldman Jones" qui se concrétisera avec deux albums riches en tubes (C'est pas de l'amour, Né en 17 à Leidenstadt, A nos actes manqués).
Quatre ans après l'album "Rouge" publié en 1993, Jean-Jacques Goldman revient en solo sur la pointe des pieds avec "En passant". Le titre et la pochette du disque le présentent comme un quidam, un vieil ami qui passe nous voir discrètement. Dès la première écoute, les 11 chansons gravées sonnent comme une évidence qui ne nous avait jamais autant frappé: Goldman est un auteur majeur, un musicien d'exception, et cette nouvelle cuvée va apporter une plus value certaine à une oeuvre déjà conséquente. Le parti pris acoustique, avec les guitares folk de son comparse Gildas Arzel, donne du relief à des textes qui respirent la sagesse, la maturité. De "Sache que je", l'une des plus belles déclarations d'amour que la chanson française ait offerte à "Quand tu danses", chanson de rupture bouleversante, en passant par "Natacha", cousine de la "Nathalie" de Bécaud, avec un violon tzigane à vous flanquer le frisson, on a affaire à de très grandes compositions. On retiendra également "Bonne idée", mini autobiographie de l'auteur, avec son rythme endiablé et "Le coureur", méditation subtile sur la manipulation dont font l'objet certains sportifs. Avec "Juste quelques hommes" et "Nos mains", Goldman signe deux de ses meilleurs textes, où il est question de tolérance, de partage et de don de soi. Mais cet album intimiste, véritable disque d'auteur, n'oublie pas de nous proposer un vrai tube dont JJG a le secret: "On ira", mélodie obsédante qui soutient la comparaison avec "Envole-moi" ou "Quand la musique est bonne", les refrains de jadis. Après ce sommet, Jean-Jacques publiera un dernier album très anodin intitulé "Chansons pour les pieds" avant de se retirer durablement du cirque médiatique. S'il revient un jour, on doute qu'il puisse surpasser la qualité de ce magnifique "En passant", qu'il convient de réécouter en boucle aujourd'hui...