Dès les premières mesures pianissimo du poème symphonique "En Saga" on sait qu'il va se passer quelque chose. Mikko Franck va nous raconter une grande histoire palpitante, angoissante et oppressante, tant les crescendos semblent sans fin. L'orchestre de la radio suédoise déploie une large sonorité, très dense qui se fait moteur de l'action. Le jeune chef finnois agence les différents pupitres de l'orchestre à sa manière, ce qui confère à cette nouvelle version un caractère très personnel. L'étude faite sur la couleur générale est impressionnante, les dosages de chaque instrument sont finement pensés : on croirait entendre Bernstein dans ses dernières années. Les contrastes rythmiques sont bien mis en évidence, sans que ceux-ci soient brusqués. Tout semble couler de source mais rien n'a été laissé au hasard. Il en est de même dans la grande aventure du Kalevala, les légendes de Lemminkäinen, une sorte de Don Giovanni local. Comme dans En Saga, la densité sonore est impressionnante. On y entend les différentes influences qu'a eu Sibelius, dont surtout Wagner. La variété des climats est étonnante, tant dans la lenteur suffocante et morbide du cygne de Tuonela, page dont le dépouillement est rendu de manière saisissante sous la baguette, que dans Lemmikäinen à Tuonela, dont le lent mais inexorable crescendo nous emporte dans le coeur d'une aventure dont on n'est pas sûr de sortir vivants tant le sentiment d'oppression nous accable (les timbales très présentes, et leur unisson avec les cuivres, ne sont pas pour rien dans cette impression de saturation). Même le finale ne nous laisse entrevoir que très partiellement l'espor qui n'arrivera pas. Ce premier disque est une complète réussite. Pourvu que Mikko Franck se préserve.