L'écrivain anglais raconte sa longue traversée de la Sibérie peu de temps après l'effondrement du régime soviétique. Il parcourt ces immensités souvent vides et dépeuplées en utilisant principalement le Transsibérien mais également le bateau sur le fleuve Iénisséï et même l'avion militaire. Son périple l'amène d'Ekaterinenbourg, ville où fut martyrisée la famille Romanov et où leur ombre plane toujours à Vorkouta, « capitale » du Goulag à Omsk, à Akademgorod, ville réservée aux scientifiques aujourd'hui sinistrée sans oublier Irkoutsk qui n'a pas oublié les Décembristes et Magadan en pleine Kolyma de sinistre mémoire. C'est dans cette immensité glaciale que les communistes envoyaient à la mort les opposants en les faisant trimer dans des mines d'or ou d'uranium radio-actif sans leur donner grand chose à manger et en les privant d'habits chauds et d'abris décents... Thubron rencontre également les derniers survivants de peuplades oubliées ( Yakoutes, etc...), de dissidents religieux persécutés (Baptistes, Vieux Croyants et même Juifs relégués dans l'inhospitalier Birobidjan).
Un livre passionnant sur une région aussi immense que mal connue, écrit dans le style du célèbre écrivain-voyageur Nicolas Bouvier. Le lecteur a un peu l'impression d'explorer un à un tous les cercles de l'enfer communiste (« Kolyma est le pays où le soleil n'a pas de chaleur, les fleurs pas d'odeur et les femmes pas de coeur », dit-il). L'auteur s'attache à faire oeuvre didactique en s'intéressant aux aspects géographiques, économiques, historiques, religieux et politiques de tous les lieux parcourus. Il s'efface tant derrière son sujet que les anecdotes sont plus que rares. Heureusement, elles sont remplacées par des rencontres avec des personnages étonnants et insolites. La Sibérie est un peu le « Far-East » de la Russie, les Cosaques sont ses cow-boys et les Vieux Croyants, ses Amishs ou ses Mennonites. A croire que les grands espaces suscitent des êtres d'une trempe sortant de l'ordinaire.