Lorsque Gabin annonce en 1958 son intention de tourner un second film sous la direction de Claude Autant-Lara, son entourage reste quelque peu perplexe, car les deux hommes ne se sont guère apprécié, deux ans plus tôt sur le plateau de "La traversée de Paris". Gabin trouve le cinéaste colérique et Autant-Lara n'a jamais caché qu'il considérait Gabin comme un comédien limité... Seulement voilà, le comédien a le don d'attirer les foules, ce qui constitue un argûment de poids auprès du réalisateur. Quant à Gabin, il a trois bonnes raisons de surmonter ses réticences pour se lancer dans ce nouveau projet.
La première tient à son goût prononcé pour l'univers de Georges Simenon ; en effet, Gabin deviendra (avec 10 films) le comédien ayant le plus souvent incarné des personnages issus de l'imagination du romancier belge.
La seconde motivation qui pousse Gabin à accepter ce projet, c'est la perspective de retrouver la grande comédienne Edwige Feuillère avec laquelle il y a eu l'occasion de travailler en 1934 dans "Golgotha". Cependant, elle ne sera pas la star féminine du film. Ce statut est réservé à la jeune Brigitte Bardot qui a explosé deux ans plus tôt dans "Et Dieu créa la femme". L'opportunité de donner la réplique à la nouvelle coqueluche du cinéma français n'est d'ailleurs pas étrangère à la partcipation de Gabin dans le film...
Sur le plateau, la rencontre des deux monstres sacrés fera moins d'étincelles qu'on a bien voulu le dire, même si Brigitte Bardot prend parfois ombrage d'une vieille habitude de Gabin : celle de donner la réplique à ses partenaires pour leurs gros plans alors que lui-même n'est pas à l'image. La jeune femme a le sentiment que son aîné agit ainsi pour contrôler son jeu... mais à ceci près, les relations entre les deux acteurs seront plutôt bonnes, et si Gabin se sent souvent mal à l'aise, c'est pour une toute autre raison. Depuis quelques années, il répugne à embrasser ses partenaires féminines, de peur de gêner ses enfants. A ce sujet, il déclare : "Je ne veux pas que mes mômes soient raillés par leurs camarades parce-qu'ils m'auront vu, moi leur père, filer un patin à la bardot". Aussi, "En cas de malheur" sera le dernier film dans lequel Gabin acceptera de jouer les séducteurs...
SYNOPSIS : Yvette Maudet, jeune délinquante âgée de vingt ans, est accusée d'avoir commis un hold-up. Pour se défendre, elle se présente auprès de Maître André Gobillot, célèbre ténor du barreau qui accepte de plaider gratuitement la cause de la belle jeune femme. En prenant l'affaire en main, il tombe amoureux de sa cliente... mais leur relation est rapidement découverte et aura des conséquences au sein des époux Gobillot, ainsi qu'avec Mazetti, l'amant d'Yvette...
Brigitte Bardot, belle créature à la longue chevelure blonde et aux reins cambrés, s'appuyant contre un bureau face à un quinquagénaire élégant qui la fixe... est l'une des images les plus célèbres du cinéma français des années 50. Plus d'un demi siècle plus tard, tout le monde connait encore cette affiche... le plus souvent, sans avoir vu le film dont elle est extraite. Certes, la scène où Brigitte Bardot, toute séduction dehors, s'offre sans détour au regard de l'avocat joué par Jean Gabin nous paraît aujourd'hui moins audacieuse qu'au public de 1958. A l'époque, ce passage provoqua les foudres des associations catholiques et bien-pensantes. Comme la plupart des films de Claude Autant-Lara d'ailleurs. Aux yeux des bonnes âmes, le film présente en outre, l'inconvéniant de cumuler les sources de scandale. Le scénario signé par Jean Aurenche et Pierre Bost regorge en effet de situations "scabreuses", avec notamment une apparition de l'actrice dans le plus simple appareil.
Comme on s'en doute, les différents appels au boycott constitueront une publicité rêvée pour le film, et aboutiront à l'effet inverse, au grand dam des puritains...
Ce film me donne l'occasion et le plaisir de rendre un hommage appuyé à Edwige Feuillère, une grande dame du septième art qui, avec son élégance naturelle a su conquérir aussi bien le milieu du théatre que ceux du cinéma et de la télévision. De "Mam'zelle Nitouche" aux "Dames de la côte"... de "L'aigle à deux têtes"" aux "Blé en herbe"... Au théatre, elle fut "La Dame aux camélias"...
En 1935, c'est un autre rôle scandaleux qui en fait également une vedette de l'écran : dans "Lucrèce Borgia" d'Abel Gance, Edwige Feuillère a en effet l'audace de se montrer nue ! Elle sera également la vénale partenaire de Gérard Philippe dans "L'idiot"... et ne craint pas de composer avec Simone Simon, un couple Homosexuel relativement transparent dans "Olivia" en 1951... Avant d'enchaîner avec un autre rôle sulfureux : celui de Madame Dalleray, une quadragénaire qui, dans "Le blé en herbe", noue une liaison avec un adolescent de 16 ans. A la sortie de ce film d'Autant-Lara, la presse catholique se déchaînera contre tant d'immoralité, et des affrontements auront même lieu dans certains cinémas...
Au cours des années 60, l'actrice se consacre surtout au théatre et triomphe dans "La folle de Chaillot"... ensuite, elle tourne plusieurs feuilletons et téléfilms jusqu'en 1995.
Elle nous quittera en 1998 et conformément à sa volonté, la cérémonie se déroulera sans fleurs ni couronne... La comédienne ayant préféré que l'assistance envoie des dons à la mutuelle des artistes.