Jiselle a la trentaine. Elle est hôtesse de l'air, américaine, jolie, un peu cul-cul et sans attache. Sans attache jusqu'au jour où elle commence à sortir avec le charismatique Mark, pilote tant convoité et beau parti ; il est veuf... et père de trois enfants (deux adolescentes et un garçon d'une dizaine d'années). Ses collègues féminines l'envient et lorsque Mark, amoureux transi la demande en mariage, Jiselle savoure son heure de gloire. Pourtant, les mises en garde commencent à poindre : Mark est un grand séducteur qui connaîtrait régulièrement des déboires avec les gouvernantes qu'il emploie pour ses enfants. Le fait de se marier n'arrangerait-il pas ses soucis de nounous ? Mais Jiselle, flattée et sentant les années passer veut croire en ce grand amour.
Après le mariage, notre dévouée hôtesse laisse tomber son job et devient « mère au foyer ». Les débuts de la cohabitation avec les deux ados se révèlent plus qu'épineux d'autant que son pilote de mari est toujours entre deux aéroports.
Pour couronner le tout, une mystérieuse pandémie ravage les Etats-Unis, l'avion de Mark est placé en quarantaine quelque part en Allemagne ; Jiselle, abandonnée, doit assumer seule ses nouvelles responsabilités de chef de famille dans un monde qui devient de plus en plus hostile...
Quel roman ! Encore une fois, je n'ai pas été déçue par le style de Laura Kasischke : quelle finesse dans la psychologie des personnages ; quelle ingéniosité dans la construction du roman ! Comme toujours, l'histoire débute l'air de rien : une jolie femme un peu gnan-gnan tombe amoureuse d'un beau pilote... ça pourrait presque être du Harlequin !
Et puis Kasischke emmène le lecteur dans un dédale de considérations métaphysiques. On cogite, on réfléchit : sur la solitude, l'abnégation, les situations d'urgence, les événements qui peuvent transformer une personne et jusqu'où ils peuvent la transformer ? La superficielle et « gentillette » Jiselle restera t-elle la même, évoluera t-elle ? Se métamorphosera t-elle du tout au tout ?
Ce livre singulier m'a rappelé « Le Mur Invisible » de Marlen Haushofer, une sorte de journal tenu après une catastrophe planétaire par une femme tout à fait banale. Cette dernière organise sa vie de manière à survivre dans un monde devenu hostile et dangereux. Dans « En un monde parfait », Jiselle la naïve se dépasse, puise dans ses ressources de manière à faire survivre sa nouvelle famille au milieu de ce monde qui n'a rien de parfait...