Sur la pochette , un magasin de disques américain comme il y'en a beaucoup en Californie : la passionné peut même s'ingénier à y reconnaître certains disques : Ron Carter, Elvis Costello, des machins jazz-rock, Jorge Dalto (pianiste de jazz argentin) et même un quarante-cinq tours des infréquentables Death In June, groupe cold-wave aux ambiguïtés glaçantes .
A l'intérieur, le jeu se complexifie avec une impressionnante suite de samples de toutes origines : pas seulement l'inévitable James Brown, trop samplé par tous les rappeurs de la planète, mais encore Tangerine Dream, une référence presque honteuse pour tout amateur de hip-hop ! Une note de pochette indique que ce disque est un hommage à une culture alors en pleine disparition : la « vinyl culture » , et le son de ce disque, mal rendu d'ailleurs sous les feux du laser, est à lui seul la recréation chaude et ronde du bon vieux son vinylique (à la même époque, Portishead et bon nombre de formations affiliées au « Trip-Hop » s'attachaient à recréer les pleins et les déliés de l'analogique).
Cet album est également indissociable de l'émergence du label Mo'Wax, monté au début de la décennie 90 par l'ami James Lavelle : les maxis « In Flux » et « What Does Your Soul Look Like » avaient déjà préparé le terrain trois avant la sortie de « Endtroducing », si bien que l'album fut très attendu à sa sortie, ce qui n'est jamais trop bon pour un disque (exemple : le deuxième Stone Roses, attendu comme le messie, déçut fatalement) :mais rien ne préparait malgré tout à une telle claque ! Sommet de virtuosité, de versatilité, de sensibilité pure, ce disque devint instantanément le classique de toute une génération : mêlant subtilement breakbeats hip-hop et boucles mélodiques (downtempo) de violoncelle, comme dans le sublime « Stem / Long Stem », dérivant souvent de la hype vers une mélancolie douce, comme dans le superbe « Midnight in a Perfect World » (un morceau qui m'apparaît désormais comme la bande-son de cette époque) , l'album est tout entier un collage de sons de toutes origines, défiant toute classification (Trip-Hop ? Ambient ? Electronica ? ... Abstract-Hip-Hop ?), admirable de virtuosité, fascinant de par la variété de ses textures sonores, profondément novateur et néanmoins inégalé à ce jour.