La voilà, la fameuse correspondance "surprise" des deux pachydermes martyrs de leur propre célébrité ! C'est un coup médiatique et marketing spécial rentrée, certes, mais ne soyons pas trop vachards : c'est aussi un livre.
C'est tout à la fois intéressant, agaçant, sinon chiant.
Commençons par le positif : intéressant parce qu'au-delà des petits tourments de nos joyeux duettistes, de vrais sujets sont évoqués, et de manière plutôt intéressante : sur la philosophie, la littérature, l'écriture, la condition d'écrivain, l'engagement politique, l'enfance, les parents, etc. Bon, Houellebecq est souvent à la ramasse mais autrement plus drôle, imprévisible, incisif que son douceâtre interlocuteur (si vous n'avez jamais lu une correspondance où, à une citation de Foucault, est opposée une interview de Kurt Cobain, et où Sun-Tzu doit loger à son insu aux côté de l'art du Mille Bornes, c'est le moment !)
Agaçant, parce qu'entre battages de coulpe poussés jusqu'à la complaisance réciproque et mélopées de martyrs profitant de l'édition pour régler leurs comptes personnels (combien serait plus noble le souverain mépris !), nos deux égos effarés laissent transparaître une immaturité parfois franchement inquiétante. Et puis, entendre Houellebecq critiquer l'écriture de Nietzsche ou de Céline, ça confine au surréalisme. Entendre BHL se présenter comme "homme d'idées" touche plutôt au dadaïsme. Quant au fait que ce dernier refuse toujours de comprendre, plus de dix ans après, que son film est une impondérable bouse, je n'en parlerai même pas... disons qu'il y a prescription, pour être gentil.
Chiant, aussi. Chiant comme le sont les innombrables passages où l'on assiste à de véritables séances d'autopsychanalyses interposées, ou encore celles où notre cher "Béhachel" cède à ses envolées solipsistes et parfaitement anecdotiques : ma vie, mes sensations, ma vie, mes sensations...
En bref, cette vraie-fausse "correspondance" arrangée et destinée dès le début à passer sous presse peut avantageusement divertir une après-midi : c'est un peu neuneu, parfois intéressant, parfois émouvant, mais globalement... dispensable.