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4.0 étoiles sur 5
Une analyse solidement documentée du système universitaire,
Par ANC "anc" (Lausanne) - Voir tous mes commentaires
Ce commentaire fait référence à cette édition : Enquête sur la formation des élites (Broché)
À la suite de son excellent ouvrage « le modèle suisse », François Garçon nous livre une enquête détaillée sur l'éducation supérieure en comparant quatre modèles : le modèle français, le modèle américain, souvent cité en exemple (ou contre-exemple), le modèle anglais, et le modèle suisse. Il est évoque plus brièvement la situation dans d'autres pays. Pour cette enquête, l'auteur a consulté un nombre impressionnant de sources, principalement des articles de journaux, des rapports, et des livres, mais il est également allé chercher des opinions directement en interrogeant ici et là acteurs et responsables du milieu universitaire.Le livre est divisé en six parties. L'auteur commence par revenir sur les classements des universitaires, dont celui de Shanghai, qui a permis de jeter un regard critique sur l'enseignement supérieur en France. Comme pour les rapports PISA de l'enseignement primaire ou secondaire, la France se voit plonger dans les limbes du classement alors que de petits pays comme la Suisse ou les Pays Bas se placent parmi les meilleurs. La thèse de l'auteur est qu'aussi critiquables soient ces classements, ils sont cohérents entre eux et fournissent une image qui, quoique grossière, permet de comparer les différents systèmes de formation. Ces systèmes de formation font l'objet de la seconde partie du livre. L'auteur casse quelques lieux communs tels que l'incompatibilité entre cherté des études et taux de diplômes du troisième cycle par rapport à la population d'un pays. C'est ainsi que les États-Unis, en dépit de frais d'inscription élevés par rapport aux normes européennes, sont le pays avec le plus fort taux de diplômés. L'auteur décortique le système français, montrant qu'il présente bien des spécificités qui s'avèrent être plus des inconvénients que des avantages. Il donne l'exemple de la séparation entre recherche et enseignement, université et grandes écoles, etc. La troisième partie traite du fonctionnement des universités, le rôle des présidents, le recrutement des professeurs. Elle évoque également la question des salaires. L'auteur montre ainsi qu'il y a une étroite corrélation entre salaires des professeurs et classement des universités. Les pays latins, dont la France, figurent parmi les pays où les salaires des enseignants sont les plus bas (un facteur 3 à 4 par rapport aux pays leaders comme les EUA ou la Suisse !). La quatrième partie a trait à l'évaluation des universités, dont le financement est essentiellement public, ainsi qu'à l'évaluation de la production scientifique. Les cinquième et sixième parties évoquent divers aspects tels que les bourses. Dans l'ensemble, c'est un ouvrage bien documenté, qui fournit une mine d'informations et permet de montrer des exemples qui marchent, d'autres qui ne marchent pas. L'auteur casse également quelques mythes (la cherté des études comme frein à la démocratisation des études). Il est également souvent lucide quant au succès de pays comme les États Unis et la Suisse, dont le modèle marche en (grande) partie car ils arrivent à attirer d'excellents chercheurs. Le livre n'est pas exempt de défauts. Le style y est bien moins fluide que le précédent ouvrage sur le modèle suisse. L'auteur force parfois un peu le trait, en particulier en ce qui concerne les défauts du système éducatif français. Par exemple, l'existence de chercheurs sans mandat d'enseignement n'est pas une spécificité française ; on trouve des instituts de recherche aux EUA (USGS, NIST, NASA, etc.) et en Suisse (WSL, EMPA, etc.) qui sont déconnectés des universités. De même, je doute que le copinage dans le recrutement et la promotion académique soit une spécificité française. Certaines parties évoquées par l'auteur sont quelque peu longues et relèvent souvent de l'anecdote plus que d'une analyse précise (qui, j'en conviens, n'est pas chose aisée). Enfin, l'auteur n'est pas entré dans le détail des polémiques des systèmes qu'il cite comme les meilleurs systèmes éducatifs. Quid de la fraude scientifique ou de l'émergence des « managers de la science » (des profs qui gèrent jusqu'à 15 doctorants, sont censés participer à 40 publications par an, donnent 20 conférences invitées, etc.) ? L'auteur cite souvent l'EPFL comme l'exemple de la réussite, cette école sortie des champs de betterave en à peine 40 ans, nous dit-il. Un des ses professeurs, Libero Zuppirolli, a justement publié un court et brillant ouvrage au style vif sur « la bulle universitaire », qui aborde le fond des problèmes autour de l'enseignement et de la recherche aujourd'hui. De façon étonnante, aucune de ces questions brûlantes ne transparaît dans l'analyse de François Garçon. Au final donc, un très bon ouvrage, très riche, et très utile pour qui veut avoir une vue générale et documentée sur l'enseignement supérieur. Je regrette personnellement qu'il y ait quelques longueurs et répétitions dans les développements alors que dans le même temps l'auteur fait l'impasse sur des questions importantes qui agitent bien des universités américaines et européennes, tout du moins leurs départements scientifiques. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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