J'avais déjà eu l'occasion d'entendre quelques sonates de Beethoven par Gulda, notamment sur France Musique, mais je n'avais jamais entendu ses premiers enregistrements. En outre je n'avais pas écouté l'ensemble des 32 sonates sous ses doigts. Il faut se rendre à l'évidence, nous nous trouvons là en possession d'une intégrale de premier plan. Je crois même pouvoir dire qu'il s'agit de la plus belle intégrale disponible actuellement sur le marché. Il faudra passer outre un son assez précaire pour les enregistrements les plus anciens (1951) et ne s'attarder que sur la pure beauté pianistique. Le propos de Gulda est d'une totale fluidité, d'une maîtrise incroyable, proprement inouïe. Pas question dans ces interprétations de surjouer l'énergie beethovenienne, de casser la phrase. Il semble qu'il improvise pour nous la plus belle des musiques. Pas question non plus de froideur, de regard distancié posé sur l'oeuvre, de pseudo-objectivité. Pas question enfin de minauder, de nous la jouer maniériste. Ca coule de source, c'est évident, c'est immédiatement accessible, naturel. C'est incroyable qu'il ait fallu atendre tant de temps pour que nous possédions cette intégrale en CD ! On a vraiment affaire au travail d'un génie, d'un surdoué qui nous livre le plus précieux témoignage de l'art beethovenien, de l'art tout court.