C'est avec cet album que j'ai totalement découvert Jean-Jacques Goldman. Auparavant, je n'entendais que les 45 tours que la radio et le TOP 50 diffusaient. J'avoue que même aujourd'hui, plus de vingt ans après (déjà!), ce disque me fait toujours autant d'effet. Tout d'abord parce qu'il contient tous les éléments de la musique de Jean-Jacques à la différence d'autres albums, mais aussi parce qu'il y a des tubes et des classiques à la pelle, ainsi que d'autres titres, moins connus, qui sont pour moi autant de joyaux à découvrir et redécouvrir car on ne les entend jamais à la radio, qui se cantonne à diffuser les mêmes morceaux.
"(Intro) A Quoi Tu Sers?" est un titre rock, presque hard-rock pour son riff, mais la production et le mix parviennent à inclure de nombreux éléments (comme ces percussions discrètes mais essentielles) qui font que cette chanson reste totalement grand public. Beaucoup de travail de studio dans cette chanson alambiquée, truffée d'effets, dont j'apprécie la progression de l'introduction juste chantée jusqu'au final (quel solo de saxophone!).
"Il Changeait La Vie" est l'un de ces titres qui s'est bonifié en dynamique sur scène. Déjà très rock en studio, il prend toute sa valeur en concert (la version sortie en 45 tours en 1989 issue de l'album "Traces" est une merveille). Le gimmick au clavier est une réussite totale et la production, typique des années 80, renforce cette impression.
"Tout Petit Monde" était le grand absent de la première édition CD qui ne comprenait que dix-huit chansons au lieu de vingt, faute d'espace. Tort réparé! Cette jolie ballade au piano, au texte de tolérance, grandit jusqu'à un final explosif remplit d'espoir.
"Là-Bas", avec Sirima, restera l'une des plus grandes réussites de JJG. Poussant l'histoire de "(Long Is The Road) Américain" à son paroxysme, JJG créé un texte très abouti où la séparation inévitable d'un couple est un déchirement, effet renforcé par le magnifique clip illustrant le 45 tours. La musique, passée une introduction mystique, est typique de Jean-Jacques Goldman. Un classique indémodable!
"C'est Ta Chance" est l'une des chansons qui a profité du passage du simple disque au double-album. L'introduction d'origine est conservée et non tronquée, ce qui permet d'admirer cette excellente introduction aux airs de jazz accomplie au piano, instrument omniprésent sur tous les couplets du titre. Chanson où l'espoir est encore de mise, le refrain est mémorisable à la première écoute. C'est l'une des forces de ce grand artiste, composer des mélodies simples et qui s'incrustent, mais qui ne font pas que toucher que les oreilles.
"Entre Gris Clair Et Gris Foncé" est un titre dynamique profitant bien du modernisme des studios et de la technologie avec ses claviers réhaussant les mélodies. De l'aveu même de l'artiste, dès les années 90, cette chanson fait partie de celles qui vivent mal les années de part leur façon d'avoir été enregistré.
"Des Bouts De Moi" est encore une chanson profitant du modernisme. Très rock, l'introduction d'origine est complète par rapport au premier pressage en cd.
"Fais Des Bébés" est une chanson rock, une fois de plus. Le texte, doux-amer mais très amusant, est la suite de "Elle A Fait Un Bébé Toute Seule". Le tempo est assez enlevé et la production trouve une fois de plus une chanson à expérimentation dans les effets. On peut noter la présence de samples.
"Puisque Tu Pars" est probablement la chanson que le public retient de cet album avec "Là-Bas". Une mélodie déchirante, d'une tristesse déchirante où l'amertume est de mise, arracherait des larmes à un caillou! Le soli de guitare est une pure merveille. Il n'y a rien à jeter dans ce titre qui est un classique absolu.
"Filles Faciles" débute la "face B" de ce double album. Je dis "face B" car les onze chansons qui sont sur cette deuxième partie sont plus anciennes et moins produites, JJG voulant retrouver le goût d'un travail en studio plus ordinaire, tel un artisan avec sa guitare et son piano, sans le modernisme des machines et des instruments, d'où une grande différence de son et de style. Les neuf premières chansons de l'album sont typiques des années 80 tandis que les onze autres font plus datées. "Filles Faciles", donc, est une incroyable ballade au piano, avec un léger relent jazz, et qui reste l'une des trois chansons préférées du répertoire du l'artiste, l'une de ses plus grandes réussites avec "Veiller Tard" et "Jet Te Donne". Le texte rend hommage à ces dames à la vertu légère, mais avec tout le respect qui leur est dû.
"Je Commence Demain", à l'introduction respectée, est un titre acoustique, limite cajun / blues. Le tempo, assez lent, permet à Jean-Jacques de se concentrer sur son texte plutôt amusant.
"Elle A Fait Un Bébé Toute Seule" est une chanson enregistrée en 1983 pour l'album "Positif" mais JJG n'était pas satisfait du résultat, et l'a donc mise de côté pour la retravailler. Les onze chansons qui composent cette deuxième partie d'album sont en fait d'anciens titres composés à diverses périodes, mais non sélectionnés, car trop différents. A chaque disque, JJG se retrouvait avec une ou deux chanson sur les bras qu'il ne mettait pas sur un 33 tours, jusqu'à ce qu'il y ait suffisamment de matière pour proposer un disque entier de ces chutes de studio. Profitant de son succès grandissant, et estimant que le public pouvait aisément lui tourner le dos à n'importe moment malgré la période de confiance dont il bénéficiait, il enregistra donc ces chansons moins faciles d'accès. "Elle A Fait Un Bébé Toute Seule" profita de de cette pensée, et fut le premier 45 tours extrait alors que l'album n'était pas encore sorti, histoire "d'énerver tout le monde" selon les dires de JJG. La musique, très entrainante, bénéficie d'un banjo et de kazoos pour le solo. Le texte, très amusant, est un simple constat de société. La fin du morceau, jouée au clavier, dénote car c'est l'un des très rares passages joués avec un instrument "moderne".
"Quel Part, Quelqu'un" est une chanson dont on entendait les prémices sur "Non Homologué. Le texte évoque la quète du bonheur. Une chanson totalement méconnue du grand public qui mériterait pourtant de l'entendre.
"Qu'elle Soit Elle" est une ballade typique de JJG au piano. N'atteignant pas deux minutes, sa force émotionnelle est constante jusqu'à un final en groupe.
"Doux" est un titre amer, aux relents sud-américain. C'est une chanson qui me fait penser à "Jardin D'hiver" d'Henri Salvador dans le style. Là encore, une chanson moins facile d'accès, moins typique du style Goldman.
"Il y a" est une chanson totalement acoustique et totalement enregistrée par JJG. C'est l'un des grands classiques méconnus du grand public. Une réussite totale.
"Reprendre, C'est Voler" une chanson triste au piano avec un final au bottleneck. Jouée en tournée, elle bénéficiait d'une partie inédite.
"Peur De Rien Blues" est une chanson qui a connu un certain succès dans sa version live de 1989. Ici, la chanson est moins longue qu'en concert, mais malgré l'absence du final, le titre conserve toute sa force entre parties au piano et breaks avec guitare lead. Amertume et brassage d'émotions sont de rigueur.
"Il Me Restera" était absent du premier pressage cd. C'est une chanson acoustique qui conserve le plaisir des plaisirs doux sucrés instantanés mais que l'on oublie rapidement. Le titre le moins intéressant du disque, mais qu'il est plaisant d'écouter à l'occasion.
"Appartenir" est une magnifique ballade au piano, au style très aérien. Dépassant à peine les deux minutes, elle est une jolie outro pour l'album. Le style est typique de JJG.
Au final, un double-album dont les qualités grandissent d'année en année. Un classique indémodable de Jean-Jacques Goldman qui surpasse nombre de ses albums passés et futurs. La dualité du concept n'est pas un handicap, au contraire. Deux styles différents pour un seul artiste!