Tout simplement titré
LP5 et doté d’une pochette et d’un boîtier entièrement noirs, le disque qui suit
Chiastic Slide est moins intransigeant et plus policé. Le son a gagné en clarté et tous les morceaux s’ajustent mieux que sur le précédent album d’Autechre. On retrouve le grand équilibre de sons et de mélodies qui avait prévalu sur
Tri Repeate dont il est un digne héritier. En aucun cas, ce retour à une approche moins rêche signifie un pas de côté. Les expérimentations industrielles et organiques sont toujours perceptibles mais sous un mode plus tempéré.
Le titre d’ouverture,
« Acroyear2 »,
commence tout doucement avec des sons discrets et dissonants, comme si l’ordinateur était en train de s’allumer chaotiquement. S’ensuit une rythmique trépidante et métallique du plus bel effet couplée à une séquence mélodique douce. Les machines sont comme malmenées pour que les accidents et les bogues viennent délicatement percer l’harmonie. Cette dualité envoûtante est encore plus nette sur
« Rae » où une mélodie enfantine se laisse bousculer par plusieurs rythmes froissés et crachoteux.
Ce goût pour la ritournelle se perçoit aussi sur les courts interludes
« Melve » et
« Caliper Remote », où le piano-jouet et la boite à musique évoquent les titres les plus rêveurs de la période
Richard D. James Album d’Aphex Twin. D’autres compositions optent pour des climats plus oppressants, que ce soit le fracassé
« 777 », l’obsédant
« Vose In » ou le plus industriel
« Under Boac »,
tout en percussions lourdes et agressives.
Le magnifique
« Fold4, Wrap5 » est la pièce la plus étrange de
LP5 : une cadence mécanique y revient sans cesse sur elle-même, suspendant le morceau dans un va-et-vient perpétuel. Le plus ambient
« Corc » est une merveille de concision où un beat lent et répétitif s’entrecroise avec des ondes synthétiques discrètes et aériennes. L’album se ferme sur l’hallucinant
« Drane2 », où par un effet électronique appelé « bouncing effect », notes et sons rebondissent comme des balles de ping-pong.
LP5 est pour certains fans d’Autechre le meilleur album du groupe, l’un de ses plus abordables. Autechre, en cadrant subtilement ses audaces, offre une somme étourdissante laissant loin derrière les activistes de l’electronica.
François Bellion - Copyright 2013 Music Story