Malgré son titre, dans lequel il faut probablement déceler de l'ironie, cet album de Sharon Van Etten n'est pas vraiment épique. Ni dans ses proportions (7 chansons pour une trentaine de minutes), ni dans ses ambitions, ni dans son instrumentation, assez classique. Il est plutôt intime et personnel mais comme il est souvent poignant et passionnant on lui pardonne cette publicité mensongère.
La grande affaire de ce disque, c'est la voix de Sharon Van Etten. Elle n'est pas spectaculaire ou virtuose, mais son timbre et ses inflexions nous font craquer à chaque écoute. Vraiment une des plus belles et séduisantes que j'ai pu entendre récemment. Avec une telle voix, c'est plus facile: on peut se permettre de commencer son disque par une chanson dépouillée, à la guitare acoustique ; comme elle la joue avec une intensité remarquable, c'est une introduction idéale à ce qui suit.
Sharon Van Etten compose des chansons plutôt traditionnelles, dans le fond et la forme, mais sa voix rend les trouvailles mélodiques exquises, les arrangements sont simples et bien trouvés, ses paroles délivrées avec une indéniable sincérité nous émeuvent. De temps en temps, elle prend des risques et nous réserve quelques surprises : c'est le grandiose dSharpG, hanté et obsédant, sur lequel différentes prises de voix se superposent et confinent au sublime. Love More, pour conclure l'album fait aussi partie des réussites remarquables.
Sa présence et sa confiance sont impressionnantes, ses chansons sont sûres d'elle dans leur fragilité, elles s'affirment avec force sans sacrifier leur personnalité, ce qui n'est pas un mince exploit. Une vraie révélation.