AqME...un des rares et derniers représentants d'une époque révolue, celle du neo-metal français.
Si AqME a survécu à cette vague, c'est sûrement par son éloignement assez marqué des autres groupes de la Team Nowhere (Pleymo, Watcha, Vegastar, Enhancer...) et par son évolution constante, à tout niveau.
AqME est une sorte de Monstre qui opère sa mue depuis "Polaroïds et pornographie" et elle semble être toujours en cours, sans que l'on sache quelle forme il aura dans 10 ans, ni si elle se terminer un jour.
Reste que l'évolution s'est toujours faite vers l'avant, vers quelque chose de + en + radical, + metal, et + riche musicalement.
Des débuts très rock alternatif un brin torturé (pour adolescents à tendance suicidaire, diront les mauvaises langues) et qui sait jongler habilement entre le calme et la noirceur pour mieux asséner un refrain violent ("le rouge et le noir", sur Sombres Efforts), le quatuor a progressivement rajouté une épaisseur et une lourdeur au "son" Aqme.
Suite à un "La fin des temps" qui se voulait + "progressif", AqME avait rapidement enchaîné sur un "Hérésie" hurlé de bout en bout, comme un lâché de puissance, de rage et de violence, un exutoire.
Avec leur dernier opus en date, "En l'honneur de Jupiter" (super titre et super packaging, au passage ;) ) ils évoluaient encore un peu + vers le métal radical et incisif, aidés par le jeu très technique de Julien à la 6 cordes.
Aujourd'hui où en est-on?
Clairement, AqME a encore une fois durci le ton. Comme si désormais, aucun retour en arrière n'était possible. Une fuite en avant vers le gros son.
La galette démarre très fort avec un "Idiologie" puissant et maîtrisé qui se place directement en tête des meilleurs morceaux du groupe.
"Prométhéen", rentre-dedans, est purement taillé pour le live.
Le 3è morceau (qui accessoirement donne son nom à l'album), rappelle les compositions les + chiadées du groupe et la voix de Koma fait mouche.
"Luxe Assassin", purement orienté gros métal, rappelle l'album Hérésie, mais avec un son encore meilleur.
"L'empire..." délaisse un peu le chant crié (mais pas trop longtemps) et se veut + mélodique avec un refrain clair.
"Adieu!" est là aussi boeuf et vise clairement la prestation scénique.
Le duo de "My english is pretty bad" ne m'a pas réellement enthousiasmé. Rien de nouveau ni de particulièrement intéressant dans l'univers musical d'AqME.
"Marketing armageddon" lâche là aussi l'artillerie lourde, mais la sauce a du mal à prendre, la faute à un songwriting à la traîne et un manque de surprise arrivé à ce stade.
"Plus tard" tente un retour aux débuts du groupe, voire en particulier l'époque de "la fin des temps", mais encore une fois l'impression laissée est celle d'un bouche-trou.
"La dialectique des possédés", outre, là aussi, des paroles à la traîne, se veut un gros morceau métal violent, mais sans la qualité de composition d'autres tueries du groupe. Même l'album hérésie me semblait avec du recul un brin mieux composé, y compris dans ses morceaux les + bourrins.
Enfin, l'album se clôture sur un pur morceau rock rempli d'émotions et brillamment chanté.
Le constat pour ma part est donc mitigé.
Un chant hurlé qui alterne entre le très bon et le catastrophique, un songwriting là aussi en demi-teinte (paroles souvent mieux senties que sur "En l'honneur de Jupiter", mais qui partent aussi un peu dans tous les sens -les titres des morceaux donnent une idée de l'ampleur-).
Une technique imparable et qui ne cesse de progresser depuis les débuts et en même temps un manque de spontanéité sur certains titres et moins d'efficacité à trop vouloir en faire. Il faudrait trouver un jute milieu (Jupiter en n'était pas loin).
Après de multiples écoutes, mon opinion est en demi-teinte:
c'est pour moi l'opus le moins identifiable du groupe avec seulement 2 morceaux qui ressortent clairement du lot ("Idiologie" et "110.587") et paradoxalement ces 2 compositions comptent de loin parmi les meilleures d'AqME.
Les 5 premières plages s'écoutent avec grand plaisir, mais la suite de l'album est moins intéressante à mes oreilles.
Reste qu'un album d'AqME est toujours quelque chose de singulier et il y a à boire et à manger (pour vos oreilles, hein, mais n'essayez pas de vous caler une frite et un burger dans les oreilles, ça marche pas) pour celui qui est ouvert d'esprit et n'aime pas les groupes qui refont continuellement le même album.
Bref, (comme dirait l'autre) n'y allez pas les yeux fermés, mais allez-y avec les oreilles ouvertes ;)