Critique
The Eraser est un objet atypique paru en 2006 sur le label anglais XL Recordings en parallèle de la carrière monumentale d’un groupe qui ne l’est pas moins. Cet album permet au moins de déceler les courants et forces propres à Yorke dans le maelstrom sonore que constitue le son de Radiohead, groupe de la décennie passée, voire de l’histoire pour certains critiques rock et fans dévoués. Il est produit et conçu avec l’aide de Nigel Godrich, complice de Radiohead depuis l’album
The Bends.
Atypique jusque dans la conception de sa pochette (entièrement cartonnée, elle se déplie en cinq volets pour former une frise graphique noir et blanc, dépeignant une scène apocalyptique d’où émergent de célèbres monuments londoniens),
The Eraser est en fait, typiquement, un album dont le charme n’agit pas immédiatement mais qui ne quitte plus l’esprit après quelques écoutes.
Alors qu’il émerveille seul à la guitare ou au piano, Thom Yorke a encore choisi d’éviter l’évidence en ne ficelant ses chansons qu’au moyen de samples (piano et guitares désarticulés recollés en boucles hypnotiques) et rythmes électroniques divers.
Si des titres comme
« Black Swan » auraient trouvé leur place en l’état sur un
Amnesiac ou un
Kid A, il manque à d’autres compositions un peu d’épaisseur pour les rendre vraiment agréables. Mais le but n’est pas là. Thom Yorke veut dénoncer les dérives du monde et nous chatouille donc les tympans pour se faire entendre. Il y parvient avec ces « haunting songs » que seule sa voix peut créer. «
The Clock », vertigineux, permet au choix de se perdre ou de se trouver, «
Atoms For Peace » rappelle la pop electro glacée de Björk cuvée
Vespertine, et enfin, le piano de «
Cymbal Rush » referme le cocon dans lequel l’auditeur s’est lové comme par magie.
L’album a été nominé parmi les meilleurs disques de l’année au Mercury Prize de 2006 (récompensant uniquement les albums de l’Irlande et du Royaume-Uni) et au Grammy Awards de 2007.
Paraphrasant le manifeste minimaliste « less is more » avec les paroles « The more you try to erase me the more that I appear », Thom Yorke signe un album intelligent, qui conquiert par surprise et invite à tâtonner vers des contrées inconnues. On n’en attendait pas moins de lui.
Anne Yven - Copyright 2012 Music Story
Description du produit
Message de Thom Yorke, posté le 16 mai à ses fans : « Ce message pour vous prévenir de quelque chose que j'ai omis de vous dire, et qui pourtant flottait dans l'air depuis un petit moment. Ca s'appelle The Eraser. Nigel l'a produit et arrangé. Je l'ai écrit et joué. Les éléments étaient en préparation depuis quelques années. Ils avaient besoin d'être fini, et ça fait un bon moment que j'avais cette idée en tête. Ca a été réjouissant et rapide à faire. Inévitablement, c'est plus rythmé et électronique. Mais ce sont de vraies chansons. Stanley a fait la pochette. Oui, c'est un disque ! Non, ce n'est pas un disque de Radiohead. Comme vous le savez le groupe est en tournée et en train d'écrire de nouvelles chansons, donc je ne veux pas de sottises disant que je suis un traître, ou entendre des rumeurs de split. Ca a été fait avec la bénédiction du groupe. Et je ne veux pas non plus entendre le mot « solo ». Car ce n'est pas exacte. OK, c'est tout ce que je voulais vous dire. Je pense que ça sortira en juillet, très très certainement sur XL Recordings Love. Thom» . Il n'y a pas grand chose à rajouter, si ce n'est que le disque contient 9 titres, plus remarquables les uns que les autres, d'une justesse mélodique hors norme. Un must pour l'été.