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8 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
L'homme qui savait tout,
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Errata (Broché)
Présentation de l'éditeur en quatrième de couverture :Par ses romans, par ses essais, George Steiner s'est imposé comme une des dernières figures de la grande culture européenne. Errata raconte comment très tôt la conscience lui est venue que notre monde était désormais celui où le contrat entre le mot et le sens était rompu, ouvrant une faille où s'engouffrait toute la barbarie du siècle : il n'est d'examen possible de la frustration contemporaine des espoirs des promesses des Lumières qui ne doive partir de cette "crise du langage" qui, avec la première guerre mondiale, a porté notre siècle sur les fonts baptismaux. Un siècle que George Steiner a accompagné. Au commencement, il y a la traversée des langues - un milieu juif austro-tchèque, où se parlent divers idiomes, où se croisent diverses cultures. Une traversée des langues, et des littératures dont elle sont les porteuses, qui, du fait de la tragédie du nazisme, devient une traversée des territoires : la France, les Etats-Unis, la Suisse, où George Steiner professa à l'université de Genève, l'Angleterre, où il enseigne désormais à Cambridge. Avec pour défi à relever, celui de répondre à la question : « Comment saisir psychologiquement, socialement, la capacité d'êtres humains à jouer Bach et Schubert le soir, et à torturer d'autres êtres humains le lendemain matin ? Existe-t-il des congruités intimes entre l'humain et l'inhumain ? » La dizaine de chapitres s'ouvre à chaque fois sur une anecdote, familiale, malgré une pudeur extrême, ou historique, à partir de laquelle Steiner déroule le sens de ses quêtes, comme autrefois on déroulait avec mille précautions un rouleau ou l'on ouvrait un incunable. George Steiner se fait ici, pour le plaisir de chacun, le lecteur de sa vie, l'herméneute de lui-même. ------ Je suis un parfait néophyte dans l'œuvre de George Steiner que je ne connaissais que de nom. Je suis tombé sur un article récent dans la presse, le décrivant sous le titre hitchkockien de "l'homme qui savait tout". Le titre était trop immodeste pour que je ne m'y intéresse pas. Dès lors, il m'a paru pertinent de choisir ce livre autobiographique qui retrace quelques grandes phases de la pensée de Steiner. A dire vrai je suis tombé sous le charme de cette écriture soyeuse, dense mais compréhensible, ductile et soyeuse, qui emmène avec délicatesse le lecteur dans les arcanes des pensées de l'auteur. Ne serait-ce que pour le style, je pense que ce livre serait à lire. Mais il va au-delà. Il y a onze chapitres, lesquels commencent tous par la description d'une époque de la vie de l'auteur avant de glisser insensiblement vers un aspect de son oeuvre. Nous y découvrons les liens familiaux de l'enfance, l'éducation d'un père tourné vers les grands classiques, le lycée français de Manhattan et l'émerveillement du Bérénice de Racine, les études supérieures et la littérature moderne sous le signe de cette fin bouleversante de "The dead" de Joyce, qui m'avait également bouleversé et que John Huston a si bien rendu dans son adaptation. Nous y suivons les longs développements de l'auteur sur son rapport au judaïsme, à la musique (merveilleux chapitre), la bénédiction de Babel qui a introduit le don des langues dans le monde et la faculté de désigner les choses sous différentes réalités de communication. Nous suivons l'auteur dans son analyse de la barbarie et du fait qu'une civilisation ayant produit Bach et Schubert pouvait sombrer dans l'abjection, mystère de l'effondrement humain. Je ne l'ai pas suivi sur le silence de Dieu et sur cet athéisme déduit d'un pessimisme profond sur la nature humaine, mais tout en respectant ses arguments. La plupart de ses propos tournent autour de la communication et du langage. Le fait est là, il y a eu une rupture entre le mot et le sens, comme le signale l'éditeur mais cette analyse a également été faite par des auteurs comme Arnaud Aaron-Upinski (La tête coupée). Steiner l'exprime autrement mais ne remet pas en cause cet esprit des Lumières qui a pourtant participé si fortement à cette césure, matrice des drames contemporains. George Steiner parle de culture, de livres, de communication entre les hommes, entre les mondes. Son multilinguisme fascine et il a su rendre la richesse de ce terreau européen dont on se demande ce qu'il devient. Ce livre porte la trace d'un humanisme ardent et d'une culture impressionnante et non pédante. Ce livre m'a procuré le même émerveillement que celui de Vladimir Dimitrijevic quand il évoquait son parcours littéraire dans "Personne déplacée". Il fait partie de ces livres qui sont bons à relire de temps à autres, lorsque la nuit monte dans l'esprit des hommes. Un court livre de 231 pages mais avec son poids d'humanité. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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