Dans cette remarquable édition de La Pléiade consacrée aux deux pères de la tragédie (un second volume est consacré au 3e homme, Euripide), on trouve les 14 pièces entières qui nous sont parvenues d'Eschyle et de Sophocle, ainsi qu'une quinzaine de fragments de pièces perdues. Si ces dernières sont avant tout destinées à des spécialistes, les "principales", présentées dans de belles traductions, sont un rappel magistral de ce que nous devons aux Grecs.
Ma première réaction en ouvrant ce volume était de regretter que chacun des auteurs ne dispose pas de son propre tome, la crainte que le fait de les apparier soit un argument marketing ou bassement pratique (deux trop "petits" volumes) mais à sa lecture, j'ai réalisé le projet éditorial - et disons artistique - de l'ensemble. Finalement, à l'exception de certaines pièces qui existent par et pour elles mêmes - "Les Perses", "Les Suppliantes", "Prométhée enchaîné" chez Eschyle - les autres appartiennent à deux grands cycles antérieurs à (et qui dépassent) leurs auteurs. Du coup, à travers le temps leurs pièces semblent se répondre et se continuer...
Dans la continuité de "L'Iliade" et "L'Odyssée" d'Homère, on retrouve ainsi les Atrides avec "Agamamnon", "Les Choéphores" et "Les Euménides" chez Eschyle ou "Electre" chez Sophocle, auxquels on peut ajouter "Ajax" et "Philoctète", du même. Mais surtout les "Oedipe roi" et "Oedipe à Colone" de Sophocle semblent se continuer avec "Les Sept contre Thèbes" d'Eschyle pour s'achever avec l'"Antigone" de Sophocle. Fascinants allers-retours entre les textes de ces deux auteurs, si loin et si proches de nous.
Même si cette édition date un peu (elle a 40 ans), les notes et l'appareil critique restent dignes de ce qu'on attend d'une Pléiade.