Cet album de Fritz Reiner uniquement consacré à la musique espagnole s'inscrit dans la continuité de ce que cet excellent chef nous a donné dans cette collection : il est formidable qu'un chef hongrois à la tête d'un orchestre américain arrive à trouver un ton aussi juste pour interpréter cette musique que la plupart de ses confrères « surinterprètent » en la tirant trop vers l'Espagne ou la « désinterprètent » en l'occidentalisant à outrance. C'est le paradoxe même de Falla, tiraillé entre ses origines et la renommée-reconnaissance qu'on ne pouvait avoir qu'en passant par Paris. Reiner ne force pas le texte, on pourrait même dire qu'il l'aplanit quelque peu (la fameuse « danse du feu » pourrait avoir plus de feu, justement). Leontyne Price est curieusement un peu en retrait, la prise son la faisant entendre « derrière » l'orchestre, presque en mono. Les pièces de complément d'Albéniz et Granados ne feront malheureusement pas oublier les versions originales pour piano et n'apportent rien à l'aura du chef, ni à celle des compositeurs.