Amis lecteurs, cette histoire est exceptionnellement troublante.
Alors que la mémoire de la Résistance s'effiloche, que des satrapes polluent la compréhension que l'honnête homme peut avoir de ce mouvement héroïque en particulier, de la seconde guerre mondiale en général, cette histoire éclate en plein ciel.
Est-ce la jeunesse de Jacques Lusseyran ? Lycéen en première année de philosophie à Louis Le Grand, il est dans sa dix-huitième année, en 1941, quand il fonde un mouvement de résistance qui comptera plusieurs centaines de membres. Il éditera un journal qui sera diffusé à plusieurs dizaines de milliers d'exemplaires dans la zone Nord. Il dénoncera le génocide des Juifs, photos de camps à l'appui. Ce journal deviendra à la Libération, « France Soir ».
Est-ce son humanisme éblouissant, empreint d'un christianisme d'une hauteur rarement atteinte ?
Est-ce aussi le fait, étourdissant, que Jacques Lusseyran, suite à un accident quand il avait 8 ans, devint aveugle ?
Un aveugle, chef de réseau ! Jacques Lusseyran est un joyau, un véritable palais brillant de mille feux : intelligence, mémoire, dons extraordinaires, amour de la vie, discernement, volonté.
Le 14 juillet 1943, sous le pseudonyme de Vindex, il écrit un article intitulé "14 juillet, fête de la liberté" :
"La France risque de tomber en esclavage, l'ennemi veut diminuer notre conscience morale : il veut nous faire oublier notre devoir de révolte. La liberté, seuls ceux qui savent l'avoir perdue la possèdent... Ceux des prisons qui attendent pendant des mois entiers que la victoire ou la mort les délivrent... Ils ont perdu pour eux-mêmes la liberté : ils veulent la conserver aux autres.
Nous voulons que la défense de notre nation soit celle de toutes les nations. En défendant la France, nous défendons aussi la personne humaine et sa liberté de choisir et d'oser."
L'admirable préface de Jacqueline Pardon, une camarade de Résistance qui deviendra son épouse, rend grâce à ce Héros qui fut trahi, torturé puis déporté à Buchenwald.
Son autobiographie est étincelante. L'aveugle, c'est moi. Le voyant, c'est bien lui.