Ralf König, vous connaissez ? Les petits pédés à gros nez obsédés par les beaux mecs, baraqués et poilus, homos ou non, à tout aussi gros nez ? L'humour décapant, la sexualité enfin libérée pour de vrai, pas facile mais jamais glauque, le charme absolu d'un observateur unique ?
Depuis la publication, il y a déjà dix ans, de "Super Paradise", chaque nouvel album de Ralf König est forcément un événement. Dans "Super Paradise", König illustrait avec une rare justesse le thème du sida. Un album bouleversant, où l'on rit pourtant, et avec lequel une oeuvre déjà prolifique atteignait sa maturité. Alors, depuis, c'est comme avec Woody Allen : il y a les petits, les moyens et les grands crus, selon les années. Mais un petit cru de König, c'est meilleur que tous ses voisins...
"Et maintenant, allongez-vous!" est un très bon cru. L'héroïne - puisqu'il s'agit d'une héroïne - est super attachante, digne de Bretécher, avec sa valise d'interdits, son armure d'habitudes et de préjugés. C'est une maman, flanquée d'un ado perturbé, et bien sûr elle est... toute seule. Mais c'est une jolie fille, ça c'est nouveau chez König, et sa libido, et son coeur, n'attendent qu'un petit miracle pour se déchaîner... Je ne vous dis rien du miracle en question, sauf qu'il sent bon le foin, et que son itinéraire est tout aussi touchant.
Portrait-charge de la psychanalyse, situation de l'action à Berlin et non à Cologne comme d'habitude... Notre auteur progresse sur son chemin de vie, et nous l'accompagnons ravis.