Il est de certains films de s'adresser non à un genre particulier, que l'on peut aimer ou non, suivant les goûts et couleurs du temps, mais bien au sens général de l'être humain et mériter la qualification d'humaniste.
Je pense ainsi à
Va, vis et deviens,
Les Cerfs-volants de Kaboul,
Philadelphia par exemple - sans aucune prétention de ma part à une quelconque exhaustivité, cela va de soi.
"Et maintenant, on va où ?", film franco-libanais, réalisé par Nadine Labaki, qui interprète un joli rôle de jeune veuve, mère d'un enfant, tenant le café du village, est la question finale posée par l'ensemble des villageois.
Liban, années 2000, un village de la montagne bi-confessionnel, chrétien et musulman, agricole. L'église est sise à côté de la mosquée. Les citoyens se tolèrent bien, acceptent de rire ensemble, de partager la seule télévision qui fonctionne, cinéma d'ouverture sur l'actualité. Deux grands adolescents, chrétiens, partent chaque jour vendre les produits du village à la ville et reviennent avec ceux commandés, un vélomoteur poussif tractant une carriole chétive. Le spectateur n'oublie pourtant pas le premier plan centré sur une marche scandée de femmes portant l'habit de deuil, voilées ou non, ensemble, se dirigeant vers le cimetière bordant la route : d'un côté, celui des chrétiens, de l'autre, celui des musulmans. La paix ne tient qu'en équilibre instable entre ces deux communautés.
Une échauffourée sanglante mettant aux prises musulmans et chrétiens dans une ville voisine, rallume la peur des femmes de ce village qui ne veulent plus voir leurs maris, leurs enfants s'entretuer. Ces femmes sont l'âme de ce village. Elles sont les garantes, avec leurs faiblesses, de ce fragile équilibre de paix, si précieux, si nécessaire. La guerre cependant s'invite progressivement mettant en alerte toutes les femmes. Comment détourner l'attention des hommes de cette guerre dont le comportement mimétique pourrait anéantir ce village ? Comment calmer ces deux communautés échaudées par des provocateurs d'un côté et de l'autre ? la tension belliqueuse gagne en intensité sans rencontrer de limite qui ne s'écroule. Faire la fête, en invitant des femmes aux tenues légères, gogo danseuses, russes constituera le premier acte.
Cependant un matin, la mobylette arrive avec son chargement. L'un des deux adolescents a été tué d'une balle perdue. Pour qui sonne le glas ?
Les scènes de rire se succèdent aux scènes de profonde affliction au rythme de chants libanais langoureux, de cette langue arabe qui invite tant à la connaître (voir le film en VO est une obligation). Ce film est beau, sensuel, vrai, tellement humain dans son acceptation de notre petitesse, de nos lâchetés, de nos souffrances, de nos rires, de nos aspirations à la grandeur, de l'exaltation des sentiments vers la beauté.
Film de femmes mais non féministe, film humaniste confirmant que la nécessité d'une tolérance bien comprise entre les hommes leur permet, ensemble et par le don de la communauté, par soi-même, de grandir, en paix, dans le bonheur. Superbe.