"Eux", ce sont les Wendall, une famille de Detroit avec à sa tête la mère un brin volage : Loretta. L'histoire débute avec la Grande Dépression de 1937 et s'achève avec les émeutes raciales de 1967. Joyce Carol Oates nous offre trente années de la vie d'une famille sur un plateau. Et la vie des Wendall n'est pas franchement un long fleuve tranquille : les drames y sont légion. Meurtres, violence, crises sociales et conflits raciaux, elle ne nous épargne rien de l'Amérique profonde et prolétaire de l'après-guerre. Avec ce roman, Oates nous fait vivre dans des taudis et dans la crasse de Detroit, au rythme de Jules, le grand frère charismatique ; de Maureen, la soeur paumée et mal dans sa vie ; de Betty, la petite soeur indépendante et garçon manqué ; de la fruste et odieuse "grand-mère Wendall" mais peut-être pas aussi odieuse que Loretta, la mère frivole et inconsistante. Oates nous fait littéralement pénétrer la vie de ses personnages et malgré tous leurs travers, on ne peut ni les juger, ni les haïr. Encore une fois, son écriture nous rend plus indulgents et tolérants.
Mais ce roman n'est justement pas forcément un roman ; en effet, Joyce Carol Oates, qui est actuellement professeur à Princeton, enseignait à Detroit dans les années 60. Maureen Wendall était l'une de ses élèves et c'est cette dernière qui lui a raconté la vie de sa famille. "Eux" est donc une histoire vraie romancée...
Je n'ai pas accordé 5 étoiles à "Eux" car, étant une inconditionnelle de Joyce Carol Oates, j'ai senti que ce roman était plus ancien, moins abouti que les livres suivants. On ressent des longueurs vers la fin du pavé, phénomène que je n'avais jamais éprouvé auparavant chez l'auteur, et pour cause, j'ai lu son oeuvre à rebours ! Donc, je mets ces lenteurs et ces redondances sur le compte de l'inexpérience (le livre a été édité en 1969).
Malgré cela, « Eux » reste un roman exceptionnel ; en particulier les deux premiers tiers du livre (qui compte 650 pages ! ça laisse de la marge...)