Il faudrait procéder un jour au recensement subjectif des disques imparfaits, à posséder. Celui ci en ferait sans doute partie.
Car, bien évidemment, ce disque est bancal (d'ailleurs, n'est-ce pas souvent une des caractéristiques des disques des Kinks ?).
Trahis tour à tour par l'inspiration et les nerfs de Ray Davies qui ne veut plus être une machine à tubes, par l'incroyable comportement de leur maison de disques Pye qui, elle, ne veut qu'une machine à tubes, et par les problèmes d'ego, les Kinks décrochent des wagons de tête occupés par les Beatles, les Stones et les Who principalement (même si pour moi, les Beatles étaient plutôt la locomotive).
Ce disque de 1972 était alors un double-vinyle comportant un disque studio et un live enregistré au Carnegie Hall de New York.
S'agissant de l'album studio, il contient (et ne serait ce que pour ça, il faudrait lui rendre hommage), le meilleur titre des Kinks :"Celluloid Heroes". Une fois de plus, Ray Davies se laisse aller à son penchant nostalgique, évoquant cette fois, au travers des gloires passées du cinéma, la fragilité des êtres et son refus de souffrir.
Face à ça, toutes les autres chansons peinent à rétablir un semblant d'équilibre.
Mais cet album, articulé vaguement autour des délices d'une vie de tournée, regorge de perles, plus ou moins fines : l'entraînant "Supersonic Rocketship", le triste "Sitting In My Hotel", l'improbable "Hot Potatoes", les délicieux "Maximum Consumption", "Here Comes Yet Another Day" ou le très drôle "Motorway"'
La partie Live est plus problématique.
Il faut je pense, la replacer dans le contexte des Kinks de cette époque. Ils sont au bord du gouffre où les entraîne un Ray Davies en dépression, meurtri par un milieu qu'il n'aime pas et qui ne reconnaît pas l'étendue de son talent. Dans ces conditions, on peut apprécier les très bons morceaux qui y figurent : "Top of the Pops", "Brainwashed", "Skin and Bone" et comprendre selon son humeur, la présence plus gênante des autres titres, issus principalement de "
Muswell Hillbillies" : "Muswell Hillbilly", "Acute Schizophrenia Paranoia Blue", "Alcohol", "Holiday Baby Face"'et un "Lola" expédié.
Evidemment, on est loin de "
Something else by the Kinks", d'"
Arthur" ou de "
Village Green Preservation Society", mais ce disque reste touchant car pathétique. Les Kinks auraient du être tout en haut et ils vont exploser en vol. Reposant quasi exclusivement sur les épaules d'un être trop fragile car mal dans sa peau en tant que comme Top of the pops, le groupe va sombrer. Il aura un sursaut, refaisant provisoirement surface avec un rock taillé pour les foules US (qui au fond ne contentera pas plus Ray Davies).
Ce disque est donc celui qui précède la chute qui ne s'arrêtera qu'avec "
Sleepwalker". A ce titre, il mérite de l'attention.