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Il constate d'abord que lors du déclenchement volontaire d'une action, une petite aire très particulière du cerveau appelé aire motrice supplémentaire (AMS) est activée environ une centaine de millisecondes avant les cellules du cortex moteur.
Il observe ensuite que cette aire est également activée lorsque le sujet exprime intérieurement l'intention d'exécuter un mouvement mais sans passer à l'acte.
Il en conclut que l'on se trouve peut-être ici à une jonction entre le cerveau, entité matérielle faite d'atomes et de molécules, et l'esprit, entité immatérielle faite d'information, de sens. Et pour expliquer le fonctionnement de cette jonction, il fait appel à la physique quantique : "la concentration mentale qui accompagne une intention, ou une pensée méthodique, peut produire des événements neuraux par l'intermédiaire d'un processus qui est analogue aux champs de probabilité de la mécanique quantique". Voilà un beau pavé lancé dans la mare du matérialisme.
Ce travail d'Eccles s'inscrit en fait dans un contexte beaucoup plus large de remise en cause du paradigme mécaniste. Depuis quelques décennies, les attaques fusent de tous bords : en physique avec la relativité et la théorie quantique, en mathématiques (Gödel...), en épistémologie (Feyerabend, Kuhn, Zartarian...), en psychologie (Groff...), etc.
Malheureusement, si les fondements du paradigme mécaniste sont aujourd'hui fortement ébranlés, il n'en reste pas moins la vision qui imprègne toute notre société : on se représente généralement la matière comme des systèmes solaires en miniature, avec un noyau et des petites billes solides gravitant autour ; on voit l'homme comme le résultat d'une évolution au hasard ; on croit que la clé de la guérison de toutes les maladies se trouve dans les molécules, etc.
Mais si rien de cela ne tient, alors l'homme n'est plus cet assemblage "hasardeux" de matière inerte, et, par conséquent, sa vie ne peut plus être réduite aux fonctions classiques héritées du XIXe siècle : production-consommation-reproduction ! L'essentiel, le sens, est ailleurs. Voilà l'homme qui se réapproprie sa force créatrice et sa liberté de conscience. Et il n'est pas disposé à s'en laisser à nouveau dessaisir. Impossible donc de l'enchaîner à des besoins futiles, ni à des tâches insignifiantes pour le satisfaire.
La mort du paradigme mécaniste signe donc la mort d'une certaine économie. Voilà pourquoi on observe actuellement chez ceux qui en ont pris conscience une floraison d'expériences : systèmes d'échanges locaux (SEL), nouvelle philosophie de l'échange promue par Internet, éco-villages qui explorent des modes de vie en équilibre et en harmonie avec la nature, etc. Certes, pour l'heure, les vieux concepts économiques sont plus vivants que jamais. Mais comme il est quasiment certain que dans ce cadre étroit le chômage ne sera pas résolu (le problème est en fait mal posé), et que les autres difficultés qui surgiront tôt ou tard ne le seront pas mieux (santé, retraites, etc), il est à prévoir que de plus en plus de gens tenteront de contourner le système. Voilà qui ouvre des perspectives exaltantes pour certains, et plus catastrophiques pour d'autres... -- Martine Castello --
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