Pour son douzième album, LL Cool J, désormais bourré de créatine et musculeux comme un vulgaire Rambo, a joué la carte de la superproduction. Parsemant sa pochette de références à sa carrière (la panthère noire, le Kangol, la boom box de Radio, Hollywood, et, étrangement, la Tour Eiffel !), le rappeur le plus ancien à ce niveau dans le jeu (les autres pionniers jouent profil bas et sorties indépendantes) a convoqué le ban et l’arrière ban pour son ultime album chez Def Jam, la maison dont il a contribué à faire la légende.
Pour mesurer l’étendue de sa durée, il invite quelques jeunes pousses, (The Dream, pour le single
« Baby », tout en gros son dance et effets vocaux dans l’air du temps), un guitar hero (Richie Sambora, de Bon Jovi, pour le remix du même titre, 50 Cent, comme s’il passait un témoin, l’inventeur du scratch Grandmaster Caz, pour la légitimité old school, quelques chanteuse R&B, Wyclef Jean des Fugees, et même Fat Joe, dont on pensait qu’il était fâché à mort avec 50 Cent.
Avec ce menu touffu, LL Cool J prouve l’essentiel : après bientôt vingt-cinq ans de carrière, il s’estime apte à se mesurer au rap d’aujourd’hui, boursouflé et versatile. Il se frotte un peu à tous les genres, façon de montrer qu’il faut toujours compter avec lui. Le prix à payer, c’est justement de se fondre dans la masse, car si son flow est toujours efficace, et si
Exit 13 est agréable à écouter, il manque un peu de personnalité, à force de trop vouloir se couler dans les oripeaux 2008.
Or la personnalité, c’est justement ce qui a permis à LL Cool J de traverser, intact, les années, réunissant toujours sur son nom la fidélité d’un public qui a grandi avec lui. Est-ce qu’à trop vouloir s’accaparer un public qui a l’âge de ses enfants, il ne perd pas son âme, ne restant qu’un (très) habile faiseur ?
Jean-Eric Perrin - Copyright 2012 Music Story