J'ai beaucoup d'affection pour cet écrivain qui m'aura accompagné toute une décennie. Mais je crois que ça sent la fin. C'est triste. Lui-même le dit dans une récente interview sur amazon.com : un écrivain avec l'âge, n'a plus la force, la puissance narrative de la jeunesse. Que l'on se souvienne de
Portnoy et Son complexe ou encore de
Ma vie d'homme et
La contrevie. Ce dernier étant pour moi la quintessence de l'oeuvre de l'écrivain qui retrouvait alors Nathan Zuckermann, son personnage fétiche, son double comme on l'a souvent dit. Dans Exit le Fantôme, la voix de Zuckermann se fait à la fois proche et lointaine, plus solennelle aussi, comme une étoile pâlissante...
Ce roman est loin d'être un chef d'oeuvre mais il est très attachant. Bien sûr que c'est noir, il est question de mort, de vieillesse, de maladie, mais pas seulement. L'écrivain Nathan revient sur New-York qu'il ne reconnaît plus, après onze années d'absence. Il veut quitter sa maison des Berkshires, il est toujours aussi solitaire, mais retrouve Amy Bellette dont il avait fait connaissance quarante ans plus tôt chez E.I. Lonoff, grand romancier américain, quasiment oublié, jusqu'à ce qu'un jeune effronté du nom de Klimann veuille le sortir de l'ombre en révélant un vilain secret. Nathan et Amy sont farouchement opposés.
Je n'en raconterai pas plus. Pages savoureuses, Roth est un grand écrivain. Il n'a plus rien à prouver. Mais ce roman, ça n'est pas de l'eau de rose. Le monde des critiques littéraires est égratigné. Roth semble nous dire qu'à sa mort, il ne veut surtout pas de biographe. N'écrivez pas sur moi. Le message est clair. La politique, les téléphones portables, la télévision, les nouvelles technologies, l'indécence de la grande ville, tout est décortiqué sous le regard ironique, cynique et sans complaisance de Nathan. C'est aussi une histoire de désirs et de fantasmes. Ah, ces dialogues savoureux, imaginés et fantasmés, entre lui et la belle Jamie... Cela dit, Nathan reste très sage, il a vieilli et ses heures, ses jours sont comptés...
Alors bien sûr, il y a de nombreux partis pris mais c'est vif, concis et sans concession. Nous avons là le regard d'un vieillard usé et malade qui n'a parfois plus toute sa tête (perte de mémoire, oublis...). Ce que Roth nous propose dans ce roman (en tout cas, je l'ai pris comme ça, en pleine gueule), c'est que 1) la vie n'est pas dans la Littérature 2) les grands écrivains sont derrière nous : relisez Joseph Conrad (La ligne d'ombre), Nathanael Hawthorne (La lettre écarlate), les poèmes de E.E. Cummings et de T.S. Eliot et bien d'autres encore. L'une des plus belles "sorties" littéraires, en somme, dans tous les sens du terme, pour mieux y revenir, sans aucun doute...