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A la recherche de ce qui fait l'urbain, 7 février 2002
Par Un client
Ce commentaire fait référence à cette édition : Explorer la ville : Eléments d'anthropologie urbaine (Broché)
'Explorer la ville' est, au sens fort du terme, une synthèse de l'anthropologie urbaine anglo-saxonne depuis les déuts de l'Ecole de Chicago jusqu'aux années 70. Depuis sa parution, il est devenu un point de rendez-vous des études urbaines, référence obligée des biliographies bien au-delà de l'anthropologie. Le lecteur ne trouvera pas ici de grande thèse, et peut-être même pas un programme de recherche, malgré les souhaits de l'auteur. L'attrait du livre réside en grande partie dans la lucidité, l'honnêteté intellectuelle d'Hannerz, ainsi que dans ses qualités d'analyse et de synthèse. Comme le souligne Isaac Joseph dans sa présentation (il est aussi le traducteur : signe qui ne trompe pas), la question de ce qui fait l'urbain est au coeur de l'ouvrage et sert de fil conducteur à ce parcours historique. Il y a aussi un parfum de légende dans 'Explorer la ville', selon le mot de Joseph. Partant d'une analyse de l'école de Chicago, il insiste sur l'aspect fondateur de la définition par Wirth d'une sociabilité spécifique à la ville, d'un 'phénomène urbain comme mode de vie' : des relations fragmentaires, intéressées, éphémères mais aussi non-engageantes. Cette définition et sa charge affective sert d'une certaine façon de toile de fond à l'ensemble de l'ouvrage, de leitmotiv sans cesse réévalué à la lumière d'études postérieures et surtout éloignées de Chicago. Une des interrogations principales porte sur la manière dont les individus tissent des liens avec certaines franges de la population et négocient leur existence avec cette grande masse d'individus qu'ils ne connaissent pas et qui sont souvent séparés d'eux par différents critères. Pour Hannerz, la proposition de Wirth a le mérite à la fois de situer un ensemble de phénomènes typiquement urbain et de placer l'homme au centre des interrogations. Convoquant géographes, historiens et surtout les anthropologues du Rhodes-Livingston Institute, Hannerz souligne combien le propos de Wirth est hâtif, et le tableau de la ville regagne de sa complexité, redevient à nouveau difficilement saisissable. L'importance de domaines d'activité structurant la ville est soulignée : rapports d'approvisionnement (modes de répartition des biens & services), de parenté, de voisinage, de loisirs, de trafic. Les théories des réseaux sont appelées à la rescousse devant cet objet dont la complexité est analysée sans complaisance. Souple et largement égocentrée, la théorie des réseaux semble opératoire pour analyser la complexité et la diversité des liens sociaux en ville. Mais Hannerz souligne aussi la nécessité d'une observation participante pour saisir une spécificté des interactions urbaines. Un chapitre est ainsi consacré à Goffman qui nous ramène à l'école de Chicago et à son intérêt pour une sociabilité typiquement urbaine, traitée de manière beaucoup plus fine et complexe par les notions de rôle et de répertoire de rôle. Une longue conclusion s'attache à donner des pistes pour une anthropologie urbaine riche des enseignements de sa courte histoire, mais sans surprise, Hannerz n'a rien de nouveau à y dire. Attentif à la complexité du monde urbain, il y souligne à nouveau la diversité des rôles, leur entrelacement complexe en fonction des différents domaines d'activité, et plaide pour un interactionnisme qui ne négligerait ni la théorie des réseaux, ni surtout une analyse des déterminants structurels de la ville (notamment l'effet central du domaine d'approvisionnement). L'intérêt de l'ouvrage réside sans doute ailleurs. Trop lucide pour trancher dans le vif, Hannerz accumule les nuances, les mises en garde et les éclaircissements. Lorsque Oscar Lewis critique Louis Wirth en insistant sur l'idée de 'village urbain' où les relations sont stables et intimes, loin d'être fragmentaires et intéressées, Hannerz commente : 'ce qu'il faudrait admettre et analyser plus finement dans les relations sociales en ville, c'est leur capacité à varier'. Ça ne soulève sans doute pas l'engouement de généralisations aussi hâtives que séduisantes, mais ça a le mérite d'être assez juste, au pire un bon point de départ, et finalement, assez convaincant.
'Explorer la ville' est une de ces valeurs sûres auxquelles on revient sans cesse se ressourcer.
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