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4.0 étoiles sur 5
LE TRES BEAU FILM DE L'ENIGMATIQUE JACQUES BRAL, 6 octobre 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Exterieur, nuit (DVD)
Quel beau titre ! Et si évocateur. Collant parfaitement au contenu du film, réalisé par Jacques Bral en 1980. En trente ans, Jacques Bral n'aura écrit, tourné, monté et produit que quatre films, dont POLAR d'après Jean Patrick Manchette. Sa société de production s'appelle Les Films Noirs. Tout un programme...
Si EXTERIEUR NUIT appartient à la veine de Film Noir à la française, c'est aussi et surtout un film d'errance (un genre en soi, sorte de road-movie en petit périmètre !). L'histoire est celle de Léo (Gérard Lanvin) un musicien de jazz, qui squatte chez son pote Bony (André Dussolier) et qui va rencontrer Cora (Christine Boisson) chauffeuse de taxi, la nuit (De Niro en R16 !). Léo et Cora deviennent amants, et trimbalent leur misère affective dans les rues de Paris. Ce film ne représente pas les années 80, mais plutôt les années post-68. Léo et Bony s'y sont rencontrés, et 10 ans plus tard, les idéaux vacillent. Sans boulot, prétentions artistes au point mort (Léo au sax, Bony tente d'écrire). Désabusés par la vie, ils traînent leurs basques de troquets en troquets, vaguement persuadés que le grand jour viendra. Cora, elle, circule de nuit au volant de son taxi, se forge un personnage dur, blouson de cuir, c'est une écorchée, une bouée à la dérive qui ne sait plus trop comment se rattacher à la vie. Ses relations avec Léo sont tumultueuses, entre coïts fiévreux sur une banquette arrière, disputes et incompréhensions.
Si le film fonctionne à merveille, c'est que Jacques Bral sait filmer les errances (images signées Pierre William Glenn, qui travailla avec Truffaut, Pialat, Corneau, Tavernier), sans pathos ni esthétique outrancière, les bars (aussi bien que Claude Sautet !). Et il nous évite les scènes inhérentes au genre, vous savez, les crises d'hystérie (nominables aux César...), les copains qui se fâchent... mais pour de faux, ou les courses échevelées dans la nuit suivies en travelling latéraux... Jacques Bral orchestre aussi de belles rencontres. Comme celle de Dussolier et de Jean Pierre Sentier, SDF, le long du canal St Martin. Sentier demande une clope à Dussolier. Avant il attendait qu'on lui en offre, mais comme on passe devant lui sans le voir, il préfère demander. Et puis le film tient aussi sur l'interprétation des acteurs. Dussolier est fidèle à lui-même, sobre, juste, excellent, le ton badin. Lanvin marchait alors sur les traces de Deweare ou Depardieu, en moins sanguin, le regard jamais droit, chien triste, perdu, baudruche qui se dégonfle au fur et à mesure. Et Christine Boisson... Permettez que je prenne un peu de temps, car Christine Boisson est une fabuleuse comédienne. Elle m'avait émoustillé dans EMMANUELLE (souvenez-vous, le petit short en jean, et la main dedans...). Femme très belle, forte, et intimidante. Et ce regard. Des yeux qui sourient, flirtent, séduisent, brillent, et la seconde suivante, inquiètent, effraient, et vous glacent le sang. Elle est impériale. Passionnante à observer. Il y a une longue scène entre elle et Dussolier, dans une salle de bain. Elle, dans la baignoire, lui, assis à côté, qui la drague outrageusement. Il faut avoir vu les mille sentiments passer sur son visage, pour comprendre en quoi consiste le travail d'acteur. Une scène cocasse, drôle, où elle rejette violemment Dussolier, parce qu'elle couche avec qui elle veut, et quand elle le veut. Elle sort de la baignoire, se retourne vers Dussolier, et lui lance : « maintenant j'ai envie ». Quelle scène ! Et quels dialogues !
Puis arrive le temps des projets, des rêves, l'Argentine, le soleil... Pour cela il faut du fric, et ça manque. Cora en trouvera, par la manière forte, elle semble plus que les deux garçons décidée à vraiment changer sa vie. Le dernier plan est de toute beauté. Plan fixe, de nuit, le long du canal. Un homme s'approche, venu du fond du champ. On entend une voix off. En fait, c'est Dussolier qui s'avance, il raconte ce que sont devenus les protagonistes de l'histoire, jusqu'à ce qu'il se retrouve en gros plan, nous regardant dans les yeux. Cut.
Un film plus désenchanté que véritablement noir, bercé de sax bluezy et d'accordéon argentin, servi par trois comédiens inspirés, et un metteur en scène sensible et précis.
Le film ressort actuellement dans une édition restaurée (image et son), ce qui n'est pas le cas de la version 2003.
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