Il n'aura pas fallu longtemps à Neurosis après l'excellente collaboration avec Jarboe pour accoucher de sa nouvelle offrande, « The eye of every storm ». La cuvée 2004 se révèle être dans la droite lignée du précédent épisode featuring l'ex-Swans. Entendons par là que cet album mise plus sur les ambiances que sur la violence musicale à proprement parler... exit les grognements d'ours, place au chant quasi-uniquement clair, exit la lourdeur excessive, place à des guitares plus aérées et des ambiances plus éthérées. Lâchons le morceau : oui, Neurosis se sont calmés. Mais en perdant ce qu'elle avait de cathartique, la musique du groupe n'en devient que plus mystique, en témoigne ce bouleversant morceau titre durant lequel le groupe semble jouer parmi les fantômes. « The eye of every storm » est un album égoïste au sens où il ne prend toute sa dimension qu'écouté seul, au casque, dans le noir, sans bruit ni présence risquant d'altérer l'opacité de ses atmosphères. Reste une question en suspens pour moi. Pourquoi ce choix de placer Steve Albini derrière la console ? Pour qu'il prouve une fois de plus sa capacité à faire sonner tout ce qu'il touche comme une démo ? La différence est grande entre vouloir conserver un son brut et oublier de le doter d'une quelconque consistance. Malgré ça, « The eye of every storm » reste un formidable voyage dans l'esprit de ses géniteurs, un voyage torturé où chaque mot, chaque note ne prend tout son sens qu'en immersion totale. S'il devient plus accessible en vieillissant, le groupe n'en perd ni son essence, ni sa splendeur... et c'est bien là l'essentiel.