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Premier livre en langue française sur les forêts alluviales d'Europe: une publication bienvenue qui comble un vide., 8 juillet 2008
Ce commentaire fait référence à cette édition : Fôrets alluviales d'Europe (Broché)
L'auteur, Annik Schnitzler-Lenoble, traite largement de la valeur propre de l'écosystème, sa valeur intrinsèque. Ces forêts riveraines de cours d'eau (ripisylves), ou forêts inondables, dépendent étroitement des crues périodiques qui déposent des alluvions en masse, mais aussi, et surtout, modèlent, modifient, avec une force considérable, la morphologie du lit majeur, la plaine d'inondation, où évoluent constamment ces forêts, très spéciales si on les compare aux forêts zonales. Leur spécificité, leurs caractéristiques et le maintien dans le temps de ces traits particuliers dépendent étroitement de la persistance des effets dynamiques et alluviaux des eaux des crues sur la morphologie, constamment changeante, de la plaine sujette à l'inondation. Ce livre est basé sur des observations faites surtout sur les fleuves alpins les plus importants: Rhin, en premier lieu, fleuve de prédilection de l'auteur, mais aussi Danube, Rhône et enfin Pô. Les exemples rhénans sont donc ici privilégiés, du fait de l'appartenance de l'auteur à la région de l'Est français, et surtout la plaine du Rhin supérieur de Bâle à Bingen. L'exemple du Rhin montre bien l'évolution des grands fleuves européens, de leurs plaines d'inondation, mais aussi de leurs forêts riveraines, sous l'influence des grands travaux d'aménagement effectués par l'homme, surtout depuis le milieu du vingtième siècle, pour dompter la puissance destructrice évidente de ces fleuves et ainsi éviter les catastrophes dues aux crues dévastatrices. Il m'a fallu assister, de l'île du Rohrschollen, réserve naturelle nationale intégrale située sur la commune de Strasbourg, à la crue du Rhin de l'été 1999, pour avoir la possibilité d'imaginer ce que pouvait apporter la dynamique fluviale lors des plus grandes crues d'autrefois, où un flot monstrueux balayait tout sur son passage. Le lit majeur du Rhin a été rétréci tout d'abord par des digues des hautes eaux, limitant le champ naturel des inondations et de cette dynamique fluviale. Puis, pour faciliter la navigation, le lit mineur complexe, car tressé, du fleuve a été rectifié en un lit unique avec l'installation de digues bordant directement le thalweg. Alors seules les crues les plus fortes pouvaient encore affecter le lit majeur rétréci en débordant par-dessus ces digues frangeant le lit mineur rectifié, mais sans cette monstrueuse dynamique des eaux qui autrefois pouvait emporter des morceaux entiers de forêts et déchausser le substrat sous-jacent de galets, graviers et sables, sous ses coups de boutoir. Ce qui modifiait le paysage de fond en comble lors des plus grandes crues. Et puis enfin, pour la production d'électricité, est arrivé l'aménagement final du fleuve, échelonné sur ces dernières décennies. La canalisation de l'eau du fleuve dans un corset étanche de béton: le coup de grâce final. L'auteur analyse bien toute cette évolution opérée sur 150 ans et le résultat, évidemment négatif en terme de fonctionnalité mais aussi de naturalité le long du fleuve. Les forêts sur alluvions ne sont plus inondées, ou si peu. De fait, par absence d'alluvionnement et de dynamique fluviale, elles se modifient peu à peu, imperceptiblement, mais inexorablement. Leur composition s'oriente progressivement vers celle des forêts zonales. En somme elles se banalisent, en perdant les traits des forêts périodiquement soumises à la dynamique fluviale et aux dépôts d'alluvions par les crues inondantes. Il y a beaucoup d'intérêt à lire ce livre, marqué notamment par une collaboration avec Roland Carbiener qui y a rédigé un article étonnant sur les champignons. Je ne regrette qu'un aspect: on a l'impression que les dernières étapes de corrections avant impression n'ont pas été adéquates. Il y a quelques imperfections dans la rédaction qui ont pu parfois m'apporter des difficultés de compréhension: notamment, par exemple, des défauts dans les parenthèses et la ponctuation. C'est évidemment dommage, mais n'enlève rien à la valeur de l'ouvrage qui reste passionnant pour qui s'intéresse aux forêts alluviales d'Europe. Pour le lecteur français, ce livre pourrait fructueusement faire suite à l'ouvrage suivant, plus général, mais aussi plus technique à mon avis, d'un autre éditeur (Institut Pour Le Développement Forestier - IDF): Les forêts riveraines des cours d'eau - écologie, fonction et gestion, par Hervé Piégay, Guy Pautou, Charles Ruffinoni, 2003.
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