Non, ce film n'est pas un remake de
Fargo et encore moins une énième version de
Thelma & Louise comme la presse a parfois voulu nous le faire croire... Ce n'est pas un thriller à la Coen, et encore moins une cavalcade avec ses coups de feu sur la route 66. Non, ce film est tout simplement l'une des plus belles surprises cinématographiques de ces six derniers mois. Un "fait d'hiver" tourné avec beaucoup de talent, de justesse et de sensibilité, avec des acteurs plus ou moins connus (Melissa Leo, dans
21 grammes).
Cette histoire de rencontre improbable entre deux femmes que tout oppose est poignant. L'une est Américaine, blanche, la quarantaine, fatiguée de la vie. Elle se retrouve seule avec deux gosses sur les bras (son mari a tout plaqué du jour au lendemain). L'autre est une jeune Indienne Mohawk, veuve, célibataire et impitoyable. Elle fait dans la contrebande : grâce à elle, des clandestins pakistanais, chinois et autres, réussissent à passer la frontière entre le Canada et les Etats-Unis.
Tout, ou presque, sépare ces deux femmes "usées" et un drôle de hasard va les amener à faire un bout de chemin ensemble. En gros, c'est l'histoire de deux femmes qui sont dans une putain de galère et survivent tant bien que mal dans ce monde froid et sans pitié.
Pour un premier film, Courtney Hunt réussit quelque chose d'assez étonnant. Le ton est si éloigné des productions hollywoodiennes qu'on se pince pour le croire. Comment diable un tel projet a-t-il pu naître? Avec très peu de moyens, la réalisatrice a réussi un film humaniste, singulier et atypique, une sorte de chronique sociale sur un sujet plus ou moins tabou. Tourné sur les bords du lac Saint Lawrence, dans le nord-est des Etats-Unis, Frozen River est un film sur le désespoir et la solitude des êtres. Un film sur les oubliés, les "petits", les laisser pour compte.
Malgré quelques longueurs, ce film est tendu et tient en haleine le spectateur par un suspense subtil (les enfants livrés à eux-mêmes vont-ils s'en sortir?). Le film présente quelques défauts mineurs (quelques longueurs et une fin un peu trop rapide), mais pour un premier long métrage, c'est assez surprenant. Courtney Hunt filme ses personnages avec beaucoup d'humanisme, ne les brusque pas, mais les confronte à la dure réalité du quotidien. Un monde où les mecs plaquent tout du jour au lendemain et se barrent avec les économies pour le dilapider à des jeux de hasard. Un monde où le fric est roi, où l'on travaille à temps partiel, où trouver un boulot n'est pas chose facile, un monde dans lequel être une mère et élever seule ses deux gosses l'est encore moins. Un monde où la débrouille et l'opportunisme semblent être les deux seuls modes de survie. Triste réalité. Rien de spectaculaire à priori, mais il y a des moments qui vous serrent le coeur comme lorsque la cinéaste cadre le visage du personnage principal qui retient ses larmes... Les paysages sont d'une beauté confondante et le grand froid (l'apparente absence de chaleur dans les relations humaines) évoque le sentiment des héroïnes. La dureté et les vicissitudes du quotidien ont rarement été filmés avec autant de justesse. Les acteurs (et actrices) sont tous remarquables de vérité. Un film à ne pas manquer !
Langues : VF et VOSTF (le mieux étant encore de voir ce film en V.O.). Pas de sous-titrage anglais. Bonus : deux interviews de 3 minutes environ: l'une avec l'actrice principale, l'autre avec la réalisatrice.