Californie, années 30.
Frank Chambers, 24 ans, sans profession, s'arrête dans un restaurant pour y casser la croûte et s'y voit offrir un boulot par son propriétaire, le vieux Nick. Il accepte et s'éprend très vite de la jeune et ravissante épouse de ce dernier, Cora. Commence aussitôt entre eux une liaison brûlante, mais qui ne tarde pas à prendre un tour dangereux. Enflammés par leur passion, Frank et Cora échafaudent en effet un plan diabolique pour assassiner Nick et maquiller sa mort en accident...
Classique absolu du roman noir, ce bref chef-d'oeuvre de James Cain n'a pas pris une ride, comme on dit. Auréolé à sa parution, en 1934, d'un parfum de scandale, il brille encore aujourd'hui par la qualité de son style tendu comme une corde à piano. Cain s'inscrit ici dans la veine "béhavioriste" inventée par Dashiell Hammett quelques années plus tôt dans
Red Harvest et surtout
The Maltese Falcon. Narré à la première personne, son récit refuse toute psychologie, toute introspection. Les personnages se définissent uniquement par leurs actes, leur comportement.
Le plus curieux, c'est que ce roman qui passa longtemps pour immoral, au point d'être interdit dans certaines librairies, me paraît en réalité éminemment moral, ou du moins éminemment objectif dans sa description des travers humains. Prône-t-il l'adultère? Bien sûr que non! Le meurtre? Encore moins! Il se contente de mettre en scène des êtres animés de pulsions sauvages, presque animales, qui se laissent entraîner dans une "folie à deux" sans souci des conséquences auxquelles ils s'exposent.
Mais ce que Frank et Cora oublient, bien sûr, dans la fougue de leur jeunesse et l'aveuglement de leur passion, c'est que le Destin n'aime pas qu'on lui force la main et a une fâcheuse tendance à se venger de ceux qui le défient. Comme le mystérieux facteur du titre, lui aussi sonne deux fois. Quitte à devoir s'y reprendre, il finit toujours par vous rattraper, d'une manière ou d'une autre, et souvent quand on s'y attend le moins.
James Cain n'est pas seulement un grand écrivain. Mine de rien, c'est aussi un grand moraliste!