Critique
Á ceux qui pensent qu’on ne devient pas chanteuse de fado (mais qu’on naît fadista), la Lusitanienne Cristina Branco apporte le démenti d’un destin qui l’inclinait plutôt à embrasser la profession de journaliste. Et, accessoirement, à s’épanouir en fan de rock, de jazz, et de Billie Holiday. Mais il en va du destin (fatum) du fado comme du règne de la mélancolie : on peut surseoir quelque temps à son règne, mais jamais définitivement l’occulter. La quadragénaire a donc fini par emprunter cette route sépia et nostalgique, défrichée par l’emblématique Amaliá Rodrigues, pour mieux y tordre le cou aux convenances, et refuser dans l’insouciance de son jeune âge conventions et paradigmes, toujours à mi-chemin de la tradition et d’une modernité toute sensuelle.
Ainsi, la vocaliste s’est frottée à quelques réalités iconoclastes (elle s’est produite sur scène en compagnie du pianiste Chick Corea, ou de l’Amsterdam Sinfonietta) avant d’aborder l’enregistrement de Fado Tango, conservant chevillé à l’âme le goût des transgressions. Certes, l’album s’appuie sur des poèmes de Manuel de Freitas ou Miguel Farias, et se nourrit entre autres de musiques de Pedro Moreira. Mais il s’autorise également quelques digressions bienvenues : ainsi de la reprise de « Les Désespérés » de Jacques Brel (on dira : pas vraiment la chanson la plus joyeuse au monde), ou de Carlos Gardel (fondateur des préceptes du tango, et d’origine toulousaine).
Figure également au programme une mélodie d’Isolina Carrillo, reine de la musique cubaine durant l’entièreté des années quarante. Cristina Branco intègre le tout avec une volonté égale de ne pas résumer le fado aux sempiternelles considérations du chagrin des femmes esseulées, du tragique rédhibitoire qui accompagne la femme de marin, ou des tableaux en chromos poussiéreux d’un Portugal qui n’existe désormais plus. Partant, elle remet cette musique, sa musique, au mitan de l’époque, la nimbant d’un érotisme induit qui n’appartient qu’à elle.
Fado Tango n’est donc pas un programme, mais bien une invitation, à partager la vision contemporaine d’une femme, douce et ferme à la fois dans son chant, décalée vis-à-vis des gardiens du temple de l’orthodoxie, mais parfaitement en phase avec les préceptes de sa culture originelle. Cette invitation, elle est lancée par Cristina Branco, et on est tout à fait prêt à la suivre.
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story
Description du produit
Au mois d'avril 2011 Cristina Branco ouvrira une autre boîte de Pandore avec la sortie de son nouvel album «Fado Tango». Un voyage entre Paris, Lisbonne et Buenos Aires, interprété en portugais, français et en espagnol.