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5.0 étoiles sur 5
Terriblement actuel!, 20 décembre 2004
Fahrenheit 451 : température à laquelle le papier s'enflamme et se consume. Ce livre est bien plus qu'un roman de science-fiction. C'est un véritable chef-d'œuvre, tous genres confondus. Il met en scène une société futuriste où l'on brûle les livres. Mais à la lecture de cet ouvrage, on ne peut qu'être frappé par le fait que le futur semble nous avoir rattrapés. Insidieusement. Car cela nous ramène évidemment à notre propre société où la destruction massive d'une certaine approche de la connaissance, et plus encore du sens critique et de la réflexion, s'inscrit dans une réalisation plus abstraite, mais néanmoins de plus en plus évidente. Culture prédigérée, matraquage publicitaire, information formatée, télé-réalité, rien ne manque au tableau. Effrayant miroir de notre présent. Toute ressemblance avec une société où l'on cherche à dicter nos pensées ne serait que pure coïncidence. Quoique... Pour sauver Saint Augustin, tapez 1. Pour sauver William Shakespeare, tapez 2. Pour sauver Victor Hugo, tapez 3.
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25 internautes sur 29 ont trouvé ce commentaire utile
4.0 étoiles sur 5
Un chef-d'oeuvre très subtil, 25 septembre 2006
"Fahrenheit 51" est certainement un chef-d'oeuvre de l'anticipation, car Ray Bradbury ne s'est pas contenté de produire une histoire passionnante alimentée par toute une réflexion sur les effets de la télévision ; il s'est aussi livré à un exercice de style des plus remarquables - sur ce point, Jacques Chambom qui en a rédigé la préface a particulièrement raison de souligner toute la poésie de l'auteur et l'immense mérite d'Henri Robillot, le traducteur, qui est parvenu à la restituer en français. On ne trouvera pas dans "Fahrenheit 451" la description d'un système politique oppresseur comme George Orwell en a donnée dans "1984", et c'est sans doute ce qui rend toute réflexion a posteriori sur l'ouvrage totalement angoissante : quoiqu'on sous-estime généralement la déconcertante facilité avec laquelle un régime totalitaire peut se mettre en place - on lira "L'Etat hitlérien et la société allemande" de Norbert Frei pour se le rappeler, par exemple -, il semble du moins qu'on verrait le problème venir, avec le recul que procure l'expérience. Or, Ray Bradbury n'a rien promis de tout cela. En effet, la situation aberrante dans laquelle le pompier Montag se débat - songez donc que les pompiers BRULENT les livres ! -, cette situation résulte d'une évolution insensible de la société : "Tout ça n'est pas venu d'en haut. Il n'y a pas eu de décret, de déclaration, de censure au départ, non ! La technologie, l'exploitation de la masse, la pression des minorités, et le tour était joué, Dieu merci", explique le capitaine Beatty, signifiant par là que c'est la société qui a opté d'elle-même, en toute bonne conscience - si on veut bien lui en prêter une -, pour la solution lui permettant de se ménager la paix à moindre prix : c'était tout simplement de ne plus permettre aux gens de réfléchir en les privant du temps et du matériau pour cela. Tout ce que le pompier Montag doit subir semble trouver rétrospectivement sa justification dans cet apophtegme du même Beatty : "Si vous ne voulez pas qu'un homme se rende malheureux avec la politique, n'allez pas lui casser la tête en lui proposant deux points de vue ; proposez-lui-en un seul. Mieux encore : ne lui en proposez aucun". Comme dans "Le meilleur des mondes" d'Aldous Huxley ou dans "Un bonheur insoutenable" d'Ira Levin - je conseille plutôt le second -, c'est donc la volonté d'assurer le bonheur des individus qui fait leur malheur. Oh ! On peut vivre heureux dans l'univers du pompier Montag, mais c'est à condition d'accepter de passer ses journées dans un salon-écran à laisser sa raison se faire déborder par un flux de sensations qu'elle n'a pas la capacité de traiter. J'espère que tous ceux qui travaillent à la télévision en se prêtant pour mission d'édifier le bon peuple ont lu ce livre, mais j'en doute. De toute manière, y'en a-t-il qui y croient encore ?
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4.0 étoiles sur 5
Acte de foi, 29 septembre 2009
"Autodafé" vient du portugais : "auto da fé", qui signifie "acte de foi", dans un contexte inquisitorial. Le monde décrit par Bardbury tient lui aussi de l'Inquisition moderne, sauf que les opprimés ne sont plus les hérétiques chrétiens mais les livres et leurs lecteurs. Le livre, c'est la culture, la mémoire, le doute, la profondeur, les émotions, la souffrance, la révolte, la remise en cause du système ; c'est ce qui nuit de l'intérieur à la Machine, et ce qui doit être brûlé. Les pompiers d'autrefois éteignaient les incendies, maintenant ils les provoquent, mais c'est aussi pour éteindre un incendie en puissance : la pensée. Dans ce futur proche noyé dans un bonheur étouffant et aseptisé, discrètement totalitaire, technologique et contrôlé par les médias, le pompier Montag va traverser une sévère crise de conscience et devenir un criminel pourchassé. Son crime : avoir voulu redécouvrir le Livre, et tout ce qui fait la dignité humaine. Cette découverte va évidemment lui faire tout perdre et le classer parmi les "terroristes". Une dystopie fameuse qui, sans atteindre la vertigineuse ampleur d'un 1984 et même d'un Brave New World, se révèle particulièrement angoissante, prenante. C'est d'abord l'une des plus belles déclarations d'amour à l'encre immémoriale, mais aussi une subtile remise en question de la notion de bonheur, comme on le trouvait déjà dans Le Meilleur des mondes : l'homme finira-t-il par préférer le bonheur à la pensée ? Le contentement amnésique à la culture et la mémoire ? C'est la question centrale de l'œuvre, et la réponse, apparaissant en filigrane dans une fin virtuose, laisse planer un certain optimisme.
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