L'auteur fait un excellent travail de documentation historique pour le passé des Falachas. Par contre pour la période récente, il abandonne son objectivité académique pour privilégier des raisonnements plus que spéculatifs.
Rien pour démontrer ce qui a réellement motivé le gouvernement israélien à faire venir une population extrêmement pauvre et sans aucune éducation moderne. Uniquement des suppositions, voire des préjugés. Ce serait parce que tel ou tel conjoncture politique avait eu lieu dix ans plus tôt, etc. Elucubrations sans fondement précis, fallacieux, illogiques.
Finalement, on trouve très peu de réelle empathie pour les principaux concernés, cette communauté aux m½urs douces et aux manières fines, dont l'absence d'éducation moderne aurait pu être un bienfait si on avait pu mettre en valeur leurs qualités humaines et leur savoir-faire agricole traditionnel, plutôt que de les flanquer dans les villes en croyant bêtement qu'ils auraient alors de meilleurs chances d'intégration. Voilà le réel pêché des autorités israéliennes.
L'auteur préfère aussi pointer du doigt la société israélienne que s'intéresser réellement au sort des Falachas. C'est malheureusement un réflexe fréquent chez beaucoup d'autorités morales autoproclamées de nos jours, qui font finalement très peu pour proposer de vraie alternatives.
Quant au racisme supposé, il est anecdotique, même s'il existe comme partout ailleurs. C'est plutôt la transplantation trop rapide d'une population qui ne connaissait ni l'écriture, ni l'électricité dans une société urbaine moderne qui a creusé un gouffre et causé un malaise social.
Les Israéliens ne sont pas plus responsables de leur distance de cette communauté que les jeunes Ethiopiens de leurs échecs professionnels et sociaux, qui expliquent beaucoup mieux le peu des mariages "mixtes" que la couleur de peau. De plus certains Falachas ont acquis une certaine popularité dans les médias israéliens et cela ne choque (presque) personne de considérer comme juif et israélien exactement comme eux quelqu'un dont la peau est noire. De plus, il s'agit d'une immigration extrêmement récente - à peine une génération! Comparer avec d'autres immigrations ailleurs, plus reculées dans le temps et tout aussi problématiques serait instructif!
Pour un ouvrage simplement neutre, et non (mal) engagé, voir "Les Enfants de la Reine de Saba" de Daniel Friedmann (CNRS) et Ulysses Santamaria.