Malmené par sa maison de disques voulant un disque capable de fournir des singles et obtenir ainsi de l'airplay en radio ou sur MTV, Dream Theater a composé un album étrange. Avec seize morceaux dans sa besace, le groupe a tranché en pondant un album bourré de compromis. Le charcutage a eu lieu sur "You Not Me", "Burning My Soul" ou bien "Take Away My Pain", sous l'impulsion du producteur Kevin Shirley. A son crédit : un son particulièrement propre sur tout le disque. Mais éventrer "Burning My Soul" en retirant un break instrumental de la démo d'origine (qui durait plus de huit minutes) pour que celui-ci devienne l'instrumental "Hell's Kitchen" n'était peut-être pas du meilleur effet. C'est là que l'on s'aperçoit que le groupe n'a cessé de danser entre envies personnelles et besoins d'une major voulant se remplir les poches avec un groupe hors norme ayant fourni un hit totalement inattendu avec "Pull Me Under" en 1992.
Le problème, c'est que Dream Theater n'est pas un groupe à single. Pourtant, le groupe a mis de l'eau dans son vin en composant des morceaux plus simples d'accès comme les ballades "Anna Lee", "Take Away My pain" ou "Hollow Years" ou bien le rythmé "Just let Me Breathe", sans oublier ses penchants naturels pour le progressif avec "Lines In The Sand" (douze minutes) et "Trial Of Tears" (encore plus long). Néanmoins, sur la quantité de chansons composées, il a fallu trancher et le long "Raise The Knife" est passé à la trappe au profit de chansons plus "raisonnables" en terme de durée. Je n'ose parler de la démo de "Metropolis II", jam de vingt-cinq minutes qui préfigurait "Metropolis II - Scenes From A Memory".
Un autre problème est l'identité Dream theater qui semble s'être évaporée. L'arrivée de derek Sherinian aux claviers en 1994 oeuvrant inévitablement pour le changement, il fallait s'attendre à un certain bouleversement, mais là... même si "Peruvian Skies" est un excellent morceau, l'ombre de Metallica y est très présente. Que penser même de "You Not Me", oeuvre très grunge? Et "New Millenium", chansons de dernière minute composée sans le guitariste John Petrucci?
A trop faire de compromis, Dream Theater s'est perdu. Chansons peu subtiles dans son répertoire (les ballades n'arrivent pas à la cheville d'un "Lifting Shdows Off A Dream" par exemple), charcutages et travaux sur des compositions finies (notez l'aide de Desmond Child sur le refrain de "You Not Me"). Il ne reste donc que peu de choses à se mettre sous la dent. Si "Lines In The sand" et "Trial Of tears" font quasiment l'unanimité des fans, bien d'autres chansons font grincer, même après toutes ces années!