Critique
Le flou de l’illustration du livret explicite le caractère impressionniste des chansons de Holden. Et le néologisme du titre indique qu’on pourra se situer (et c’est le cas dans au moins quatre chansons) à la périphérie de la réalité, dans cet univers où l’imaginaire, et les sensations, prédominent.
Cette quatrième production d’Holden rayonne dans l’unicité de textes décalés, de musiques surprenantes (comme surgissant au coin du bois), et de l’étrangeté d’un nouveau, et brillant, volet de la pop française la plus avant-gardiste qui soit. Toujours enregistré au Chili (une compilation des trois premiers albums du groupe est d’ailleurs en chantier pour le marché de l’Amérique latine, et une chorale autochtone participe même à la chanson
« Un toit étranger »), et toujours produit par Atom, artisan fantasque et germanique,
Fantomatisme loue l’hédonisme de la musique, le plaisir de vivre en studio pour créer, et le bonheur d’être baigné de la lumière de Santiago.
Comme à l’accoutumée, Holden choisit de ne pas choisir entre ses différentes passions (pour le folk, les discrets bidouillages électroniques, ou, ici, le bluegrass et la musique enracinée), et différentes harmonies. Se succèdent alors un vibraphone éthéré, des crissements de machineries non identifiées, et des claviers aux sonorités perdues dans la nuit des temps (en fait, les années soixante), le tout pour une ambiance que le duo Mocke/Pioline a voulu comme un arc-en-ciel après le passage d’un ouragan dévastateur. On n’est pas obligé de tout comprendre, mais il est permis de se laisser bercer par ces couleurs irisées.
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story
Description du produit
Entre clarté des mélodies et complexité sonore, Fantomatisme est un disque fluide, d'une homogénéité miraculeuse dans sa façon de fondre harmonieusement les éléments les plus antagonistes. Ici, Atom Heart, discret comme jamais, plus architecte-alchimiste que poseur de greffes fou furieux, laisse les chansons parler d'elle-même, se contentant de tirer ici telle perspective oblique, de briser là telle ligne de fuite, alternant fondus soyeux, coupures nettes, dérapages contrôlés avec une subtilité et un sens de l'économie jamais démenti. La basse mélodique, atypique, serpentine de Cristobal Carvajal Rastello, porté par le chant troublant et rentré d'Armelle Pioline, diva discrète aussi pudique qu'effrontée, donne des contours meubles aux chansons traversées par les brefs soli de guitare de Mocke (héritier somnambule et fakir de Charlie Christian, Lee Underwood et Tom Verlaine) véritables ovnis poétiques en soi, colorant le tout de stances jazz, piqués rockabilly atones, travellings psychés, vapeurs High Life et harmonies tropicalistes. Une fois de plus, avec Fantomatisme, Holden marque ses distances avec une certaine idée trop solennelle de la dite Chanson Française. Cousins d'artistes francs-tireurs (Colleen) et de songwriters sans boussole (Juana Molina), gageons qu'ils inscriront ce bel album dans le sillage des quelques rares oeuvres d'ici qui, des belles heures de Brigitte Fontaine à Christophe et Bashung, ont su mêler chanson populaire, avant-garde et étrangeté, s'inscrire durablement dans les coeurs tout en sabotant amoureusement leur propre tradition.