La perle rare Nora Arnezeder, la jeune actrice aux talents mutiples, mène l'ensemble orchestral vers sa destinée : la réussite musicale. Les compositions empruntes de nostalgie dégagent une douceur amère très agréable et dotent le C.D. d'une énergie communicative. Basés sur l'orchestration classique, le piano donne le tempo, l'accordéon mélodieux s'envole (l'un des meilleurs instrumentistes du monde nous fait tourner la tête), les trompettes crépitent dans le sur-aigu, les saxophones se laissent aller dans les glissandos appuyés, que de bonheur pour nos tympans fatigués par le bruit quotidien ! Un regret peut-être, le manque d'investissement des musiciens du rang dans l'interprétation des parties uniquement orchestrales (sans chant), peut-être est-ce un petit bémol dans un océan de louanges car ces mêmes musiciens redeviennent excellents dans les parties d'accompagnement. Une remarque qui ne s'applique que très peu au final instrumental, époustouflant, bouleversant de lyrisme, il nous rappelle les grandes heures des comédies musicales américaines. Quelle référence ! Partout, des contre-chants impeccables et des textes novateurs parfaitement soudés aux notes de musique, un travail d'orfèvre que seuls pouvaient faire nos meilleurs artistes, Trenet, Gainsbourg, Ferrat et compagnie. Alors merci aux auteurs de cette grande réussite du cinéma musical français et francophone, un exploit remarquable compte tenu du contexte difficile de notre société moderne défavorable à l'originalité, à la nouveauté, à la création et à la bonne musique, aux bons sentiments et aux promesses de jours meilleurs, comme en '36. Tous les artistes présents chantent juste (un exploit à souligner car beaucoup d'entre eux ne sont pas du tout chanteurs de formation), la maîtrise technique et artistique reposent bien sur un énorme travail collectif de longue haleine, l'orchestre et les solistes sont accordés magnifiquement, même les vents, toujours trop haut d'un bon quart de ton par rapport aux cordes, fusionnent magnifiquement dans cette ambiance heureuse et sensible. Mais jamais non jamais, en buvant son panaché urbain, l'auditeur ne versera de microbes chagrins sur un genre disparu, celui de la convergence des talents. Ils sont tous réunis dans « Faubourg 36 ». Et croyez-le bien, ce n'est qu'un recommencement...