Certes, Fauré était totalement dépourvu de tout sens scénique, et son unique opéra Pénélope le prouve amplement - mais quelle musique !
Jamais dans la musique française de l'époque (Pénélope fut créé en 1913) on n'est allé aussi loin aux confins de l'atonalité, ce qui n'exclut pas quelques thèmes inoubliables que le mélodiste génial qu'est Fauré utilise à la façon de leitmotive wagnériens.
Il n'est pas étonnant que les amateurs d'opéra soient, disons, déroutés (comme le prouvent les autres commentateurs sur cette page), mais le musicien se régale et admire.
L'œuvre est en outre une merveille à chanter, et convient particulièrement bien à de grandes et amples voix: Jessye Norman, ici au zénith de sa carrière, y est à la fois marmoréenne et vibrante, somptueuse de bout en bout (malgré un français parfois un peu imprécis, dans les liaisons notamment), José Van Dam est lui aussi admirable, et Jocelyne Taillon ne leur cède en rien, ni en beauté de timbre ni en musicalité.
Je suis moins séduit par le chant haché et le timbre ingrat d'Alain Vanzo, un chanteur que j'ai toujours trouvé surestimé, en tout cas peu phonogénique.
La direction de Charles Dutoit n'essaie à aucun moment de conférer une quelconque vie dramatique à l'ouvrage: on pourrait penser entendre un oratorio, et c'est, au fond, très bien ainsi.
Un des plus beaux disques d'opéra français des années 80.