C'est un classique pour sûr. Marivaux est un spécialiste, que dis-je, un accro du travestissement. Ici, comme dans d'autres pièces, il atteint le deuxième degré. Une maîtresse jouant sa suivante déguisée en chevalier. Déguisement au niveau de l'état social (noble en servante) et déguisement au niveau sexuel (femme en homme). Le premier déguisement est facile, mais le deuxième est définitivement défectueux, mais cela est voulu par le réalisateur qui fait tout jouer dans un théâtre vide posant d'emblée que tout n'est qu'illusion et donc que les personnages ne sont que des acteurs et donc qu'ils ne sont pas dupes des jeux qu'on leur fait jouer. Mais cela est irritant pour le spectateur car son plaisir dépend du niveau d'efficacité de l'illusion. Il doit croire en l'illusion et surtout elle doit être suffisamment bien faite pour que le spectateur soit convaincu que les personnages en sont totalement dupes. Tout n'est qu'une alliance trompeuse (fondée sur un déguisement sexuel et donc la séduction d'une femme par une autre) pour dénoncer et piéger un jeune homme arriviste qui veut profiter de toutes les femmes sans jamais en aimer aucune, tout en en épousant une de temps en temps. Elles y arrivent. Mais le sourire entendu, presque jouissif de ce pauvre homme quand le couperet de ce qui sera bientôt la guillotine tombe est totalement illusoire et détruit notre plaisir tout en détruisant le sens de la pièce. Il doit être dépité, et l'ironie de ces deux femmes doit le flageller jusqu'au sang. Il n'en a pas l'air le moins du monde, surtout que le cadrage étroit sur les personnages empêche tout mouvement de recul ou de choc.