Une image me reste, celle d'une femme errant entre des tas de sables, de graviers, et de restes industriels, comme un ange perdu dans toute notre désolation. Wanda, c'est l'histoire d'une femme quelconque, ordinaire au possible, rejetée et qui finira broyée par l'absurde de la vie. Un gangster parfois sympa la prend sous son aile, comme s'il voulait la réveiller. A côté on dirait une petite fille, elle qui rejetait ou n'acceptait pas sa famille, ou peut être le rôle qui lui était donné par la force des choses (femme de maison, elle rêvait peut être de mieux dans son canapé). Des fois il a de drôles de réactions, violentes, et un de ses coups foireux tourne mal. Wanda est a nouveau seule, comme une fatalité face à laquelle elle n'a que quelques récréations. Le monde, dans toute sa folie la prendra, car il n'y a de place ni pour la quiétude ni pour l'innocence. Un regard où tout le désespoir de l'humanité est lisible est le point culminant du film. Sombre comme de nombreuses destinées, le petit chaperon rouge se fait finalement manger, et ouais on n'est pas chez Walt Disney. Ce film, l'unique de Barbara Loden en tant que réalisatrice, est sublime. A ne pas laisser tomber dans l'oubli dévoreur.