Les Zombies, ça ne parle pas et ça n'est même pas intelligent, la mode est pourtant en train de basculer des vampires vers les zombies ce qui limite forcément le type de roman qu'on peut en tirer. Résultat : aucun des livres que j'ai lu sur les zombies ne m'a beaucoup intéressé ... Sauf celui-ci et
Raising Stony Mayhall.
Et pour cause, car ce n'est pas un livre sur les zombies ! Comme tout bon roman de fiction «spéculative», c'est un roman sur nous-mêmes, nos sociétés actuelles.
Donc au lieu de nous infliger une n-ième invasion de zombies, l'auteur se place 20 ans après celle-ci, et en plus la société organisée telle que nous la connaissons a survécu ! Il s'agit donc d'un roman sur nous, les êtres humains non-contaminés par le virus zombie ... euh non, en fait je me trompe, tout le monde est contaminé, y compris les animaux, simplement votre corps résiste à l'infection, du moins jusqu'à ce que la concentration virale franchisse un certain seuil (morsure de zombie par exemple ou contact avec du sang contaminé) ou que vous mouriez, auquel cas vous deviendrez un zombie «frais», les plus dangereux car les plus rapides.
Les conséquences sur la société de cette menace permanente, puisque au coeur de chacun de nous, en est l'atomisation. Tout le monde a peur de tout le monde et vous ne gagnez un peu de confiance qu'après un test sanguin destiné à démontrer que vous n'êtes pas en train de subir la «conversion» fatale.
Le test sanguin sera un leitmotiv de ce récit, on le retrouvera presque à chaque page et contribuera à l'atmosphère oppressante de ce monde.
Le maximum de choses se font donc maintenant à distance et l'auteur imagine une mutation dans la façon de produire de l'information au profit des blogs d'information ayant bénéficié du fait qu'ils ont été les premiers à répandre la nouvelle du phénomène zombie et à fournir des recettes de survie alors que les grands médias se gaussaient de cette folie.
Le roman nous propose donc de suivre trois jeunes bloggers-journalistes venant d'être accrédités auprès du candidat le plus prometteur au poste de Président des États-Unis. Il s'agit de Georgia, Shaun (d'après le film
Shaun of the Dead) et Buffy. Georgia et Shaun Mason sont frère et sœur adoptifs dans une famille assez dysfonctionnelle, thème constant tout au long du livre que la façon qu'ont leurs parents de ne vivre que pour l'attention médiatique.
D'une certaine façon c'est également comme cela que nos trois blog-journalistes vivent, mais au moins eux n'ont pas plusieurs personae, ils n'en ont qu'une mais elle est publique.
Shaun est la tête brûlée de l'équipe, celui qui va au front, qui flirte avec la mort, qui vit sa passion devant les caméras, Buffy, elle, écrit de la poésie et gère toute l'infrastructure informatique/sécurité de leur blog, tandis que Georgia est la référence, celle qui apporte la crédibilité au tout par son intégrité.
La campagne présidentielle de ce futur de la peur reste cependant un moment de rencontre, de débats et de meeting face à face. Ces trois blog-journalistes de l'année 2040 partiront donc avec la caravane du candidat Sénateur Peter Wymaneste à la rencontre des États-Uniens, générant du même coup nombre d'occasions de l'assassiner. Et croyez-moi, l'utilisation de zombies pour assassiner quelqu'un est ... terrifiant, ça ressemble à une réaction nucléaire, les zombies mordent les gens qui deviennent des zombies qui mordent les gens qui hésitent à leur tirer dessus par ce que il y a dix minutes c'était LEUR MEILLEUR COPAIN !
Thriller politique, roman d'horreur, métaphore sur le contrôle d'une société par la peur, le tout dans un contexte de science-fiction bien foutu, on pourrait s'attendre à ce que les personnages soient sacrifiés. Et bien non, même si les héros de ces temps futurs peuvent nous apparaître plus que cinglés, leur force est indéniable et on se surprend même à aimer l'étrange Georgia. De plus ce roman bénéficie régulièrement d'extraits de blog ma foi remarquablement troussés.
Tout n'est bien entendu pas parfait, la persistance de zombies humains dans des régions non-habitées n'est pas possible tout comme l'inefficacité de la recherche médicale en dehors des États-Unis (classique hélas ...) mais le rythme du livre en fait des défauts secondaires qui risquent cependant de menacer la suite.