Grand succès public de Fellini, nouvelle étape dans son œuvre (le néoréalisme est loin derrière et la période baroque et iconoclaste a définitivement commencé), le Satyricon est une libre adaptation de Pétrone, avec beaucoup d'imagination fellinienne pour compléter l'œuvre inachevée.
Ce fut ce que l'on appelle un film "culte", surtout en 69, œuvre non moralisatrice mais plutôt miroir grossissant d'une époque et d'une génération décadente (lire le récit par Fellini lui-même de la première mondiale à l'American Square Garden, ça vaut des points) qui s'y reconnaît complaisamment. Il y a un côté "Les Romains de la décadence", le tableau de Thomas Couture, dans cette fascination qui vire à l'esthétisation : tout est baroque, loufoque à souhait, théâtral, magistral, brides lâchées d'une imagination débordante. Le film est, visuellement, d'une richesse colossale.
La réalisateur voyait son film comme "un film de science-fiction sur le passé", tout en tissant des liens étroits avec l'époque contemporaine. L'impact est-il le même dans les années 2000 ? Pas vraiment, puisqu'il suffit d'allumer sa téloche pour voir vingt fois pire au bout de 30 secondes. Aussi les nouvelles générations y trouveront sans doute un certain ennui, car, comme son Casanova, Fellini a fait là un pur film d'esthète beaucoup plus qu'un film de scénariste.
Les aventures d'Encolpe, Ascylte et Giton resteront néanmoins gravées sur la stèle millénaire de l'histoire... et du cinéma.