Une étrange fatalité fait du premier album de Goldfrapp leur meilleur à ce jour... A cette époque, Alison et Will n'avaient pas encore rejoint les bas-fonds endiablés du dancefloor et restaient seuls, loin de toute humanité, perchés, perdus en hauteur dans leur montagne aux neiges éternelles. Felt Mountain est l'opus qui a révélé Goldfrapp dans toute son originalité et il faut reconnaître qu'il est le plus innovant, insolite, le plus personnel et inédit de leur discographie. Inédit car malgré les influences revendiquées d'Ennio Morricone, John Barry, Françoise Hardy, Yma Sumac ou encore l'excellent film de Polanski, Cul-de-sac (écoutez donc Oompa Radar), Felt Mountain reste l'album de toutes les audaces et des nouveautés. Au contraire, Black Cherry, Supernature, Seventh Tree et Head First reprennent avec brio des genres bien définis que le groupe se réapproprie, à chaque fois, en innovant, en dépoussiérant. Mais revenons à Felt Mountain et nous entendons s'épanouir un trip-hop bucolique, musique de montagne, de neige et de roche, où la nature règne en maître et s'impose à l'homme comme sur cette photo du randonneur minuscule face au gigantesque mont. Goldfrapp réussit, avec la présence de cordes abondantes, de piano, de sifflements et de synthétiseurs, à créer des musiques froides (Paper Bag avec son koto japonais qui transforme le liquide en glace). De cette atmosphère austère, se dégage une impression de solitude, de mélancolie et de folie meurtrière (Lovely Head); et, excepté la joyeuse ballade Felt Mountain, et les moments de tendresse que sont Deer Stop et Pilots, les chansons sont puissamment bluesy. Point culminant de l'album, portée par la voix enchanteresse d'Alison, Utopia, chanson de science-fiction contre le clonage, est d'une grâce telle que l'on ne peut que succomber, le coeur soulevé par la virtuosité avec laquelle Goldfrapp maîtrise la musique...