Jeff (James Stewart) est immobilisé chez lui, la jambe dans le plâtre à la suite d'un accident dont il fut victime pendant un reportage photographique. Son appartement donne sur une cour intérieure. Malgré les visites de Lisa (Grace Kelly), sa fiancée et de Stella (Thelma Ritter), l'infirmière, Jeff s'ennuie et occupe son temps à observer ses voisins...
Le substrat de ce métrage provient d'une nouvelle de Cornell Woolrich, intitulée It had to be murder.
Ici, Hitchcock atteint une certaine perfection formelle et narrative. Le cinéaste, grâce à une maîtrise parfaite de tous les éléments, nous dévoile les mécanismes du suspense. Dans ce chef d'oeuvre, l'invisible prime sur le visible, l'imagination prime sur la perception. Le héros ne possède pas de facto la capacité physique de délier les fils de l'histoire en y participant activement à cause de son handicap. Du coup, Jeff, campé par James Stewart, est ici dans une position comparable à celle du spectateur (forte identification au personnage de Jeff) à savoir qu'il s'imagine ce qu'il va se passer. Ce qui est le propre du suspense.
En outre, par le truchement de la concentration théâtrale, déjà expérimentée dans deux précédents opus à savoir Lifeboat et La Corde, Hitchcock brosse un film magistral, traitant le thème hitchcockien par excellence à savoir le voyeurisme, se déroulant dans un quasi huis clos, avec très peu d'éléments extérieurs. Ici, le réalisateur dépeint admirablement l'hypertrophie des sens et plus particulièrement du regard de Jeff qui construira le drame auquel il assiste quasiment de visu.
On peut souligner que dans ce voyeurisme, c'est notre voyeurisme, notre indiscrétion, nos fantasmes, nos défauts voire nos vices qui reste le point focal de ce métrage. Bref, Hitchcock nous jète à la face nos imperfections. Sir Alfred, brosse, à travers le prisme du voyeurisme, une parabole métaphorique du viol de la vie privée de chacun.
Le tout mis en valeur par une mise en scène épurée portant à son paroxysme le suspense via des scènes-clés symboliques et offrant au spectateur une véritable introspection appuyant sur les concepts liés au mental à savoir l'imagination et le fantasme. D'ailleurs, on peut noter un certain érotisme malsain sous-tendant ce film.
In fine, Htchcock nous pousse à la réflexion, grâce au personnage de Jeff, sur l'amour irrésistible et inextinguible pour les intrigues, les faits divers ou les images qu'éprouvent tout un chacun.
Pour ce métrage à la fois classique et expérimental, Alfred Hitchcock sera nominé pour l'Oscar du meilleur réalisateur et reçu, en sus, trois autres nominations.