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My way... le même plaisir !, 8 janvier 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Fendre l'air : journal 1989 (Broché)
Voyons... combien de tomes de journaux camusiens ai-je déjà lus ? Douze (c'est-à-dire la moitié). Qu'on me donne une seconde vie, vite ! Et rien à faire, je n'arrive pas à me lasser.
D'abord, stylistiquement. C'est de la belle écriture, même si la plus belle écriture camusienne se trouve peut-être dans d'autres espaces de l'oeuvre. Les phrases nous emmènent dans l'univers de l'auteur aux divers rythmes de sa vie.
Que l'on se retrouve en ex-Yougoslavie (à voyager dans de bien piètres conditions) ou à Paris (entre expositions, concerts avec les amis/amants) ou en Italie (à la recherche du temps et des lumières perdus), on retrouve les obsessions de Renaud Camus : le travail d'écriture, le désir d'amour, l'amour du désir, l'observation fine des êtres (et soi, en premier lieu, à travers autrui) et des mécaniques qui les lient ou les séparent, les nuisances (devenues aujourd'hui nocences), l'art, et tout le reste aussi.
Extrait :
"Peut-être n'y a-t-il aucun moyen, jamais, de tourner une indifférence initiale, de compenser par les mots, par le sens, ce qui du désir fait défaut. Peut-être faut-il se résigner, pour la tranquillité de notre âme, à ne pousser nos pauvres paroles, nos phrases hésitantes, nos malheureux discours, que vers les champs où paraissent les accueillir, d'emblée, une bienveillance ou une curiosité. Peut-être faut-il laisser faire l'aléa, s'accommoder du malentendu, ne pas s'efforcer d'éclaircir à tout prix telle équivoque dont mieux vaudrait se convaincre, en effet, qu'elle est tout à fait sans importance." (p 229)
Ou bien :
"Ne serait-ce pas une séduisante utopie que d'envisager de ne vivre que parmi les doux, les civilisés, les tranquilles, les souriants, les réservés, les silencieux ? D'échapper une bonne fois aux brutes, aux barbares, aux crétins, aux inciviques, aux méchants ? Mais comment faire ? Je ne sais que le journal pour offrir cet espace idéal d'apaisement, de douceur et de volupté. Aussi m'y enfoncé-je d'autant plus volontiers que je suis plus fatigué du monde, plus amer, davantage ulcéré. Sans doute ai-je tort d'y déposer tous les fardeaux de mes contrariétés et de mes indignations, qui vont finir par gâcher le paysage. Mais j'espère toujours m'en débarrasser près de l'entrée, afin d'accéder en corps glorieux, purifié de toute amertume, de toute véhémence, de tout discours, même, au pur éden de phrases où s'étendre parmi les rhododendrons de la beauté pure et de la sereine indifférence, à défaut de l'amour ; et pour contempler dans l'éther, entre deux quatrains de Rûmi, les merveilleux nuages." (p 249)
Comment voulez-vous, avec ça, que je n'achète pas le tome 1990 ! D'ailleurs, c'est fait ; ne me reste plus qu'à lire...
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