D'un pas rapide, en phrases courtes, colorées, imagées, et riches de mots rares, le jeune diplomate Paul Morand proposait il y aura bientôt près d'un siècle quatre nouvelles (quatre « nuits ») écrites entre Dublin, San Remo, Berlin et Paris.
Tour à tour mondain et canaille, poète, peintre et farceur, Morand raconte des histoires bizarres et met en scène des situations insolites, sur un ton léger, distancié.
Souffle un vent de folie, la modernité (électricité, téléphone, TSF, automobiles de luxe) fait merveille, mais après la première guerre mondiale (« quatre années de névrose collective »), c'est aussi la fin d'un monde, surtout en Allemagne.
L'auteur donne à voir, à entendre, et ses bonheurs d'écriture abondent, comme par exemple lorsqu'on lit d'un personnage : « Il me regardait avec des yeux mis au plus petit diaphragme, pour prendre une vue plus nette de sa pensée ou de la mienne. »
Ou encore : « Il clignait des yeux très vite, comme pour transmettre avec ses paupières un message en code morse. »
Et dans l'amour : « Je tiens par-dessus tout à son regard. Quand nous nous aimons, je lui fais ouvrir ses yeux tout grands. C'est un moment curieux. Jusque-là, on a devant soi des yeux qui voient ; et puis, tout à coup, ils se dilatent, s'ouvrent sur un abîme intérieur et l'on n'a plus dans ses bras qu'un étranger qui goûte tout seul sa folie, tordu comme Laocoon. »